Economie, Europe, France, International, Politique

La compétitivité de la France en bonne voie, pas celle de l’Allemagne

La publication du dernier rapport de l’INSEE dresse un portrait optimiste de la compétitivité coût en France. A cette occasion, le CFJ Lab s’intéresse l’évolution de la compétitivité de la 5ème puissance mondiale par rapport à ses voisins européens.

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La France a réussi à limiter les dégâts de la crise économique européenne. C’est en substance les conclusions d’un rapport de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) qui salue la mise en place du crédit d’impôt compétitivité et emploi (CICE). Selon le texte, ce dispositif a permis de ralentir l’augmentation du coût du travail. La publication explique notamment qu’il progresse bien moins rapidement que celui des Allemands. Mais la France a encore beaucoup de progrès à faire pour truster les premières places des classements dans le domaine de la compétitivité.

« Si la France a bien une qualité, ce sont ses multinationales, affirme Laurence Nayman, spécialiste de l’économie allemande au Centre de recherche français dans le domaine de l’économie internationale (CEPII). Elles sont très fortes. Surtout, elles réussissent à tirer des bénéfices de leurs investissements à l’étranger. C’est très important pour l’économie d’un pays. »

La France 22ème au classement de la compétitivité

En l’espace de douze ans, de 1996 à 2008, les coûts salariaux ont progressé deux fois plus vite en France qu’en Allemagne. En 1996, ils étaient 20% supérieur à ceux de l’hexagone. Une décennie plus tard, les coûts salariaux étaient les mêmes.

La France est classée 22ème du classement des pays les plus compétitifs
La France est classée 22ème du classement des pays les plus compétitifs (Forum Economique Mondial)

La France fait-elle des progrès pour améliorer la compétitivité de ses entreprises ? La sixième puissance mondiale est aujourd’hui classée à la 22ème place (sur 140 pays) du classement mondial de la compétitivité, selon le Forum économique mondial. La France se classe bien loin d’autres nations européennes telles que l’Allemagne 5ème, les Pays-Bas 8ème, le Royaume-Uni 9ème ou encore la Suède, dernière de ce top 10.

La France est loin de ses voisins européens, mais force est de constater que la mise en place du CICE permet au pays de gagner en compétitivité, depuis sa mise en place au 1er janvier 2013. Une étude de l’institut Coe-Rexecode révèle que le coût du travail en France est, au second semestre de l’année 2014, moins élevé que celui outre-Rhin. Alors que les travailleurs allemands coûtent 38,5 euros par heure à leurs entreprises, les sociétés françaises ne déboursent que 36,8 euros pour leurs employés. En quelques années, la France a réussi le pari d’inverser la tendance. Alors que le travail horaire était facturé 35,2 euros en 2012, les entreprises allemandes dépensaient quelques 31,9 euros. Ces chiffres étaient déjà supérieurs à la moyenne européenne (31,7 euros) mais moins élevés qu’en Belgique, en Suède ou au Danemark.

« C’est un élément favorable pour la compétitivité des entreprises françaises et pour leur capacité à investir, estime Frédéric Saint-Geours, président du Groupe des fédérations industrielles. En 2012, le coût horaire du travail était exactement au même niveau en France et en Allemagne. Aujourd’hui, grâce au CICE, la situation est différente ».

« Dans 10 ans, la France sera la première puissance de l’Europe continentale »

L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) fait un état des lieux alarmant de la situation en Allemagne. Depuis 2007, la productivité du pays dirigé par Angela Merkel aurait chuté de 0,3%. Les réformes du travail engagées outre-Rhin sont aujourd’hui très controversée et considérées comme désastreuses sur un plan social. Ambrose Evans Pretchard, journaliste économique au Daily Telegraph avance même que « dans 10 ans, la France sera la première puissance de l’Europe continentale ». Ce constat, Laurence Nayman ne le partage pas. « Comment peut-on savoir qui va dominer l’économie européenne dans le futur ? C’est impossible, réagit-elle. Il ne faut plus que les pays européens réfléchissent en tant que concurrents. Il faut qu’ils agissent comme des alliés. Leur étroite coopération est essentielle pour survivre face à une grande puissance comme les Etats-Unis »

Le savoir-faire allemand face à la démographie française

La maitrise de l’évolution des coûts horaires n’est pas la seule explication du regain de forme et de compétitivité de la France. Un rapport réalisé en collaboration entre Natixis et Eurostat met en avant les points forts de la France. Il y a « une amélioration de la compétitivité-coût de la France par rapport à l’Allemagne ou à l’Italie, un net redressement de la profitabilité et des marges bénéficiaires en France à partir de la mi-2014, surtout dans l’industrie. Mais la pression fiscale sur les entreprises reste anormalement élevée. »

« La compétitivité de l’Allemagne se dégrade énormément depuis l’an dernier, constate Laurence Nayman. Selon l’économiste, les grèves massives qui ont eu lieue outre-Rhin explique en grande partie la nette hausse des salaires et l’augmentation du coût horaire du travail. « Mais le pays a une grande force : il sait vendre, il est toujours bien meilleur que la France à ce niveau là, reprend-elle. Outre-Rhin, on investit beaucoup plus en recherche-développement. C’est une nécessité quand on sait que le secteur automobile va connaître de grands chamboulements dans 10 ans. » Autre facteur important : l’Allemagne va faire face à une démographie négative d’ici quelques années, un problème que n’aura pas la France.

Selon elle, la France est encore trop axée sur le secteur des services. « Cela oblige à avoir un déficit de la balance commerciale. Il ne faut pas se tromper : ce qui fait la différence, ce sont les revenus tirés des investissements à l’étranger. Sur ce point là, la France est très performante ».

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