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L’auto-édition n’est pas vouée à l’échec

Le phénomène de l’auto-édition prend de l’ampleur, mais un petit nombre d’auteurs indépendants y trouve son compte.

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On connaît tous le prix Goncourt, le Renaudot, le Femina…Mais qui connaît le prix Amazon de l’auto-édition ? On peut parier sur les 20 000 lecteurs de Fidèle au poste, le livre numérique d’Amélie Antoine, lauréate de cette distinction particulier en 2015. Ou sur les 30 000 personnes qui ont acheté le livre numérique de David Forrest, En Série : journal d’un tueur, sorti en 2011.

Dans la jungle gigantesque que constitue le marché du livre sur Internet, certains auteurs n’ont pas eu besoin du label « Actes Sud », « Gallimard », « Robert Laffont ». Ils ont préféré publier eux-mêmes leur livre sur une plateforme d’auto-édition comme Amazon ou Kobo (avec la Fnac). Et pour quelques uns d’entre eux, ça a marché. Mais pourquoi se sont ils mêlés à cette marée d’auteurs sans éditeurs ?

C’est moi qui décide

Alice Quinn fait partie de ces auteurs qu’on prendrait pour des fous. Elle avait réussi à trouver une maison d’édition, et pas la plus petite. Mais elle l’a quitté pour une autre, autrement dit elle-même. « Je me suis sentie maltraitée par mes éditeurs, déconsidérée, dévalorisée, explique-t-elle. Je l’ai ressenti comme une libération, un soulagement. » Et ça n’a pas raté : 25 000 internautes ont déboursé 2,99€ pour acheter Un Palace en enfer, plaçant la créatrice de Rosie Maldonne – son personnage fétiche – en tête des ventes numériques françaises en 2013. Selon la romancière, la clé de son succès se trouve dans la plateforme qui l’héberge : « Mon bouquin avait été refusé parce qu’apparemment on ne pouvait pas mélanger polar et comédie. L’éditeur se trompait. » C’est grâce à ce mélange des genres qu’elle aurait décollé : « Les sites de vente en ligne sont classés par genres, avec des filtres spécifiques. Du coup, Amazon va vous proposer mon livre en fonction de ce que vous avez lu. » 

Une proximité avec le lecteur

Incontestablement, Internet fait fi de toute hiérarchie et autres classements fondés sur le prestige des auteurs. David Forrest s’est lancé en 2011, quand le phénomène était encore balbutiant. Ce journaliste de carrière y a vu une opportunité pour se rapprocher de son lectorat : « L’auto-édition permet de vraiment trouver qui est son lectorat, ça permet de se lancer. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde, attention », souligne-t-il. Et si 900 auteurs indépendants ont déjà sauté le pas, ce serait parce que les sites en ligne donnent leur chance – infime mais réelle – à tous les internautes. « J’aimais bien le côté dangereux de l’aventure. Je me suis dit : « soit ça va marcher, soit ils vont me descendre en flammes, mais j’aurais tenté » », se souvient le romancier.

Peut on vivre de romans auto-édités ?

Aujourd’hui, la romancière Alice Quinn vit de son écriture, étant donné que la plateforme d’auto-édition d’Amazon, Kindle Direct Publishing, lui reverse 35% des revenus de ses romans. « ça a changé ma vie parce que maintenant je ne fais qu’écrire, se félicite-t-elle. Avant, L’auto édition était considérée comme un truc d’amateur. Maintenant, les privilèges sont en train de vaciller, et c’est ça qui est intéressant ». David Forrest, lui, a quitté les plateformes d’auto-édition pour diffuser ses œuvres en vente directe, sur les librairies en ligne. Il continue de travailler en tant que journaliste, car « ce serait irresponsable vis-à-vis de ma famille. Si j’avais eu vingt succès, oui. Mais là c’est encore trop risqué ». Le marché serait donc prometteur mais pas mûr. Près de 15% de Français de plus de quinze ans avaient déjà lu un livre numérique en 2014, et 7% envisagaient de s’y mettre. Les maisons d’édition traditionnelles ont d’ailleurs commencé à prendre le tournant : Alice Quinn a signé un contrat avec le pôle numérique des éditions Michel Lafon il y a un an.

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