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Un employé poursuit son ancienne entreprise pour « bore out »

Le conseil des prud’hommes de Paris examine aujourd’hui un cas particulier : celui d’un ancien employé qui poursuit son entreprise… parce qu’elle ne lui donnait pas assez de travail.

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C’est une première dans la justice française. Aujourd’hui, le conseil des prud’hommes de Paris examine un cas d’épuisement professionnel par bore out. En clair, un employé a attaqué son patron pour « placardisation ».

L’employé, Frédéric Desnard, licencié fin septembre 2014, travaillait pour l’entreprise de luxe française Interparfums depuis huit ans. Chargé de tâches logistiques et administratives, l’ancien employé dit avoir été ostracisé, n’ayant « plus aucune tâche » à exécuter au sein de l’entreprise. Il raconte également avoir perdu ses amis, devenus « des ennemis » qui faisaient tout pour conserver leur poste.

Une ostracisation qui, selon lui, a eu de graves conséquences sur sa santé. « J’ai déprimé, j’avais honte d’être payé à ne rien faire. Je suis épileptique et j’ai eu un accident de voiture dû à cette épilepsie, puis une grave dépression. Le plus terrible, c’est la négation de cette souffrance », explique le plaignant.

La souffrance de Frédéric n’a pas duré. Au bout de sept mois d’arrêt maladie, l’employé a été licencié. La raison ? « La perte d’un gros contrat pour l’entreprise et d’une restructuration à venir. » , affirme l’ex-salarié. Pour son avocat, Montasser Charni, « M. Desnard a clairement été victime d’une mise à l’écart intentionnelle de la part de son ex-employeur qui a atteint son objectif : le licencier sans avoir à lui payer d’indemnités et notamment d’indemnité compensatrice de préavis. »

Le plaignant « ne s’est jamais manifesté »

De son côté, Interparfums rejette toute accusation. L’avocat de l’entreprise, Jean-Philippe Benissan, souhaite pointer les « incohérences » et « l’absence de preuves » de la part de M. Desnard. Il rappelle que le plaignant a été condamné il y a six mois pour « diffamation » envers Interparfums, avec pour motif une « animosité personnelle de sa part envers la société, dont les effectifs sont restés quasiment stables ». Une stabilité acquise même après la perte du contrat auquel M. Desnard faisait allusion.

Selon l’avocat, le plaignant ne s’est « jamais manifesté, ni par courriel, ni par courrier auprès de l’entreprise pour faire part de son mal-être ». Toujours selon Me Benissan, l’ex-employé aurait changé d’argumentaire au fil du temps, parlant d’abord de burn out (le fait d’être épuisé à cause d’une charge de travail trop importante) puis ensuite de bore out.

L’avocat du plaignant demande 150 000 euros de dommages et intérêts, en plus du paiement du préavis. Le bore out, tout comme le burn out, ne sont pas de maladies reconnues dans leur nouvelle terminologie comme des maladies professionnelles. Mais selon Sylvain Niel, avocat spécialiste du droit du travail, « il existe 244 arrêts de la chambre sociale de la cour de Cassation portant sur des faits de mise au placard ou de déshérence professionnelle intentionnelles, considérés comme harcèlement moral ».

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