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Violences policières : la vidéo, botte secrète des manifestants

La caméra des smartphones a un rôle bien particulier pour les manifestants contre la loi Travail. En plus d’être un outil de promotion de leur mouvement, elle leur sert à filmer, en direct, les violences policières dont ils affirment être victimes.

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Un policier en uniforme, qui saisit un manifestant et lui assène un coup. L’image semble se banaliser sur les réseaux sociaux. Que ce soit sur Facebook, Snapchat ou Periscope, les violences policières sont de plus en plus partagées et commentées. Cette couverture vidéo, souvent en direct, change-t-elle les relations entre les deux camps et la situation sur le terrain ?

Lors d’une conférence de presse sur les violences policières, Elsa, porte-parole de la coordination nationale étudiante (CNE) contre la loi Travail, fait allusion à tous les incidents opposant forces de l’ordre et manifestants. Paris, Rennes, Lyon, Clermont… Les lieux sont nombreux. Et les échauffourées sont souvent filmées à bout de bras par les militants. De quoi impressionner les forces de l’ordre ? Pour Luc Poignant, du syndicat SGP Police FO, ces vidéos ne changent rien au comportement des policiers sur place. “On n’a rien à se reprocher. Les caméras, on n’y porte pas plus d’attention que ça. Quand on passe des heures sur le terrain, on ne regarde pas qui filme ou non. On est d’abord la pour protéger les gens”, précise le représentant des policiers. Même son de cloche chez Alliance, où Philippe Lavenu, son secrétaire général pour l’Ile-de-France, rappelle la loi : “On n’a pas de dispositif particulier [pour faire face aux caméras]. En cas de manifestation, on est sur la voie publique. Les personnes qui filment sont donc dans leur droit.”

Seul David Michaux, secrétaire national CRS de l’Union Nationale des Syndicats Autonomes (UNSA), admet être “plus vigilant” en présence des téléphones et appareils photos sur les manifestations. “On voit toujours des gens qui filment des policiers, mais on ne voit pas ce qu’il se passe avant ni après, ni la raison pour laquelle le policier intervient”, précise-t-il. Une opinion partagée par ses deux autres collègues, qui dénoncent une “manipulation” de l’image au profit des réseaux sociaux et des militants.

Des coups de matraque sur les caméras

Selon les militants, en revanche, les applications comme Periscope et les caméras des téléphones suscitent de vives réactions sur le terrain des manifestations. Aurélien, étudiant à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis, se désole en racontant les violences subies par ceux osent dégainer leur téléphone ou leur appareil photo. “Pour nous empêcher de filmer, ils tapent à la matraque sur les caméras et les appareils photos. Ils peuvent carrément nous interdire de filmer”, dénonce le membre de la commission anti-répréssion de la CNE.

Dans un témoignage relaté par Libération, c’est un lycéen qui a fait l’expérience de ces violences. Il a participé au blocus du lycée Henri Bergson du 24 mars. Et il a filmé les échauffourées via Snapchat et Periscope, deux applications qui permettent de faire des vidéos. Un geste qui n’est pas anodin. “J’arrête de tourner un moment et, là, le civil m’attrape, me traîne sur 20 mètres et me met des coups de matraque”, raconte le jeune homme. Le but de cette intervention du policier ? Récupérer le téléphone du lycéen, pour en supprimer les images.

Periscope a tout changé

Même la caméra à basse résolution d’un iPhone peut se révéler être un outil puissant pour se défendre. Pour un militant de Nuit Debout, surnommé Camille, Periscope a tout changé. C’est un des moyens de communication favoris de son mouvement. “Avec Periscope, les flics se calment et font attention. L’application a modifié les relations entre militants et policiers”, analyse Camille. “J’ai vu un pote sortir son téléphone en hauteur quand il était menacé.” Il mime un manifestant levant les bras, avec un téléphone dans la main gauche. “D’un coup, le policier a reculé et a arrêté ses mouvements, parce qu’il s’est dit que ça allait finir sur Periscope.”

Louis, un manifestant originaire de Lyon, voit lui aussi son smartphone comme un outil de défense, comme il le dit à Rue89. “La diffusion en direct me protège un peu, et empêche les policiers de récupérer ou casser le téléphone, la carte SD », raconte celui qui a filmé en direct une manifestation place Bellecour, le 31 mars dernier. « Enfin, ils peuvent continuer à le faire, mais la vidéo est là. Et vu qu’il est tout à fait légal de filmer les flics en action, ça peut permettre de porter plainte pour violence/vol/casse, etc.”

Mais Aurélien, manifestant de la CNE, n’est pas aussi optimiste. “Dans le fond, les policiers se fichent d’être filmés ou non. Quand ils nous attaquent, que ce soit filmé ou non, rien ne leur arrive. Ils sont toujours dans l’impunité.” Pendant ce temps, les vidéos tournent toujours sur les réseaux sociaux, à coups de likes et de partages. Au début du mois d’avril, deux enquêtes ont été lancées sur les violences policières contre des jeunes à Paris. Le procès d’un policier mis en cause dans une vidéo datant du 24 mars, prise devant le lycée Henri Bergson, est prévu ce mois-ci.

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