La doctorante Ouisa Kies est agréablement surprise par les propositions de Manuel Valls en matière de lutte contre la radicalisation.
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Ouisa Kies : «Le gouvernement a écouté les professionnels de la déradicalisation»

La doctorante à l’EHESS et directrice du cabinet de conseil Sociologiks Ouisa Kies a travaillé en janvier 2015 avec une soixantaine de détenus radicalisés. Pour Cox, elle livre son analyse sur le plan d’action contre la radicalisation, présenté lundi 9 mai par Manuel Valls.

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Que pensez-vous des propositions de Manuel Valls pour lutter contre la radicalisation ?

Je suis agréablement surprise par les propositions du gouvernement. Manuel Valls et Najat Valaud-Belkacem ont écouté les professionnels qui luttent contre la radicalisation. Sur les 80 mesures, j’en retiens une vingtaine. La plus importante est la formation des enseignants. Ils sont déboussolés et ont besoin de conseils. Je suis aussi satisfaite de la création d’une équipe mobile nationale d’intervention. L’important est de faire dialoguer les différents professionnels : aujourd’hui, les actions sont désordonnées et non coordonnées.

Il y a bien des points faibles…

Faire de la lutte contre la radicalisation un défi national est une erreur. Cela donne trop d’importance à Daech. La radicalisation est un simple processus d’entrée dans la délinquance ou la criminalité, et non un phénomène exceptionnel. Créer des contre discours à la propagande djihadiste est inutile. Cela ne fonctionne pas. Envoyer plus d’aumôniers pénitenciers musulmans risque d’être contre-productif. Les détenus vont les prendre pour des agents du gouvernement et n’auront pas confiance en eux. Rien n’est dit sur l’évaluation et le contrôle de toutes ces mesures.

Y-a-t-il un profil type de personnes radicalisées ?

Quelques points communs se dégagent de profils très variés. Les personnes radicalisées, du moins en prison, ont très souvent moins de 25 ans. Elles sont en rupture familiale et sociale, avec un fort sentiment de frustration à l’égard de la société civile. La religion est un moyen de répondre à ces tensions. Elle leur offre un cadre de vie clair.

Maintenant, les jeunes sont attirés par la violence et non plus par l’idéologie. C’était inconcevable il y a quelques années encore.

Quel est le premier facteur de radicalisation ?

On pense souvent que c’est la prison. Elle n’en est qu’un accélérateur. En réalité, 86 % des personnes condamnées pour terrorisme se sont radicalisées en dehors de leur cellule.

La radicalisation est un processus, avec de multiples facteurs. L’environnement familial en est un, et aussi l’école.

Comment aller plus loin pour lutter contre la radicalisation ?

En Allemagne, il existe un programme d’accompagnement sur 10 mois des radicalisés emprisonnés. Une initiative inapplicable dans les prisons françaises, car les détenus sont trop souvent transférés d’un établissement à l’autre. Suivre les personnes sur le long terme, nouer un lien de confiance, c’est une solution. Le plus important est de leur offrir un espace libre de parole et d’échange pour mettre fin à leurs certitudes. Par exemple, en faisant intervenir des djihadistes repentis.

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