Actualités, Cinéma, Culture, Droit, Festival de Cannes, France, Gouvernement, Justice

Sexe au cinéma : les va-et-vient de la loi française

Pornographique, érotique ou grand public? La frontière est parfois fine quand il s’agit de classifier un film. Par souci de protection des mineurs, la loi française a rendu possible une censure bien malheureuse pour le septième art.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookEmail this to someone

Nudité, sexe non simulé, sodomie, meurtre… Le nouveau film d’Alain Guiraudie, Rester vertical, projeté ce vendredi au Festival de Cannes, contient tous les ingrédients pour se faire classer X ou -18 ans en France quand il débarquera en salles.

S’il passe entre les mailles du filet, Promouvoir se chargera peut-être de lui mener une guerre sans merci. Cette association, réputée proche des milieux intégristes, cherche à faire annuler les visas d’exploitation de tous les films, à leur yeux, trop de bouts de téton ou de sang. Parmi ses victimes : Baise-moi de Virginie Despentes, Ken Park de Larry Clark, La Vie d’Adèle de Abdellatif Kechiche ou encore Love de Gaspard Noé.

La loi française n’est pas étrangère à ces victoires. Jusqu’en 2001, seuls les films inscrits sur la liste de longs-métrages pornographiques ou incitant à la violence étaient interdits aux moins de 18 ans.

Mais lorsque Promouvoir demande l’annulation du visa d’exploitation de Baise-moi, le Conseil d’État prend conscience que le monde, et le cinéma, a changé. Des films peuvent comporter sexe et violence sans pour autant être classés X. Et puis, comment annoncer à des réalisateurs parfois mondialement reconnus que leur film est considéré en France comme un vulgaire « film de cul » et interdit de projection dans les salles grand public ?

Interdit aux moins de 18 ans

Le décret du 12 juillet 2001 introduit dans le Code du cinéma et de l’image animée l’article R 211-12. La catégorie « interdit aux moins de 18 ans » apparaît alors dans la classification des films, qui s’arrêtait jusque-là aux moins de 16 ans. Selon le texte, est concerné « tout film comportant des scènes de sexe non simulées ou de très grande violence. »

Résultat : il existe maintenant une case spéciale pour les films provocateurs qu’on ne peut pas décemment classer X mais que la pudibonderie veut cacher aux yeux des mineurs. Du coup, Promouvoir obtient presque toujours gain de cause. De nombreux films sont refusés aux moins de 18 ans et interdits de diffusion à la télévision alors même que le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animé), qui accorde les visas d’exploitation, ne les interdisait qu’aux moins de 12 ou 16 ans.

En réaction, l’ancienne ministre de la Culture Fleur Pellerin a initié une réflexion sur une possible réforme : elle a chargé Jean-François Mary, président de la commission de classification du CNC, de rédiger un rapport. Pour elle, il y a un « souci de bien concilier protection de la jeunesse et cinéma libre, audacieux, en prise avec son temps. »

Défendre le sexe artistique

Son rapport, rendu public le 29 février 2016, propose la création d’une nouvelle catégorie « interdit aux moins de 14 ans » (pourquoi pas), et la reformulation de l’article R 211-12 pour assouplir la loi. L’interdiction aux moins de 18 ans s’appliquera quand « l’œuvre ou le document comporte sans justification de caractère esthétique des scènes de sexe ou de très grande violence qui sont de nature, en particulier par leur accumulation, à troubler gravement la sensibilité des mineurs, à représenter la violence sous un jour favorable ou la banaliser. »

C’est déjà mieux. Reste à savoir si cela permettra à des films comme Rester vertical de rester accessibles au grand public. La multiplication des corps nus et des sexes dressés dans ceux d’Alain Guiraudie avait déjà hérissé les poils de la Croisette en 2013, avec son très phallique L’inconnu du lac. On espère que les pérégrinations sexuelles de Léo, le héros de son nouveau film qui divise déjà la critique, trouveront aux yeux du CNC une bonne « justification de caractère esthétique ».

Tweet about this on TwitterShare on FacebookEmail this to someone