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Des milliers de manifestants au procès en appel des ex-Goodyear : « Libérez nos camarades ! »

Accusés d’avoir séquestré deux cadres de l’entreprise pendant 30 heures en janvier 2014, huit ex-salariés de l’usine de pneus Goodyear ont été condamnés à neuf mois de prison ferme en première instance. Leur procès en appel s’est ouvert mercredi à Amiens, où des milliers de personnes sont venues les soutenir. 

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« Aujourd’hui y a pas à discuter : c’est la relaxe ou rien ! » : Mickaël Wamen, l’un des prévenus et figure emblématique du « combat » des Goodyear, a harangué ce matin les manifestants CGT venus en soutien à Amiens pour l’ouverture du procès en appel des huit ex-salariés.

« Libérez nos camarades ! », ont scandé les manifestants devant le Palais de justice, où ils se sont arrêtés un instant. « Aujourd’hui, nous avons la volonté d’obtenir la seule décision juste : il faut qu’ils soient relaxés », a renchéri l’avocat des salariés, Me Fiodor Rilov.

L’audience a débuté à 9h15 dans une salle quasiment pleine de la cour d’appel d’Amiens. A l’extérieur, 4 000 personnes selon la CGT, quelque 2 000 selon la préfecture, étaient rassemblées pour les soutenir. Parmi les personnalités attendue dans la matinée : le leader de la CGT Philippe Martinez et le président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon.

9 mois ferme : condamnation sévère en première instance

Les 6 et 7 janvier 2014, le directeur des ressources humaines et le directeur de la production de Goodyear avaient été retenus pendant une trentaine d’heures dans les locaux de l’usine de pneus, occupée par quelques dizaines de salariés en colère après l’annonce de sa fermeture.

En première instance, tous les prévenus s’étaient justifiés en parlant d’un « coup de colère » face à une direction qui « n’apportait aucune réponse » à la « détresse sociale » dans laquelle se trouvait les salariés de cette entreprise de 1 143 salariés.

Leur condamnation en janvier 2016 à 24 mois de prison, dont 9 ferme, avait provoqué un vif émoi au sein du monde syndical et politique. Parmi les huit condamnés, cinq sont militants de la CGT et ont souhaité faire de cette procédure judiciaire une « vitrine du combat social ».

Le Premier ministre Manuel Valls avait lui-même jugé cette peine « indéniablement lourde » tout en estimant qu’il ne fallait pas « basculer dans la violence ». Le député PS du Cher Yann Galut, qui s’était dit « très choqué » à l’annonce des sanctions, avait appelé à « la même sévérité à l’égard des patrons voyous », alors qu’André Chassaigne, chef du Front de gauche à l’Assemblée nationale, avait qualifié le jugement « d’ignoble ».

Soutiens syndicaux et politiques

Le procès qui s’ouvre devant la cour d’appel d’Amiens intervient trois semaines après celui de plusieurs salariés d’Air France jugés pour l’épisode de la « chemise arrachée » du DRH de la compagnie aérienne. Pour la CGT, ces deux événements sont devenus des symboles de la « criminalisation de l’action syndicale ».

Depuis la condamnation des huit anciens salariés, plusieurs manifestations ont été organisées pour les soutenir et une pétition en ligne réclamant l’arrêt des poursuites à leur encontre a été signée par plus de 170 000 personnes.

Des responsables politiques à gauche ont également manifesté mercredi leur soutien aux ex-Goodyear. Parmi eux, Benoît Hamon, député PS des Yvelines et candidat à la primaire de la gauche.

« Démarche d’apaisement »

Comme en première instance, le procès se déroule sans plaignant : Goodyear avait retiré sa plainte en application de l’accord de fin de conflit signé avec les syndicats fin janvier 2014, tout comme les deux cadres concernés, qui se sont désistés après avoir déposé plainte à titre individuel dans un premier temps. C’est donc le ministère public qui les ex-salariés de Goodyear.

Condamnés pour « séquestration et violences en réunion », les prévenus encouraient jusqu’à 5 ans de prison. De source judiciaire, on indique vouloir être « dans une démarche d’apaisement » et que le ministère public prendra « évidemment en compte » le profil des prévenus, au casier judiciaire vierge.

« On est optimistes pour cet appel. La décision de janvier était d’une débilité absolue. Ce n’était pas un jugement, mais une chambre d’exécution. On nous a dit qu’on allait servir d’exemple, une sanction contre ceux qui osent relever la tête ! », a affirmé Mickaël Wamen.

Les conflits sociaux ont souvent été spectaculaires ces dernières années en France, mais ils ont engendré peu de poursuites judiciaires, encore moins de condamnations. Le délibéré sera rendu public le 30 novembre.

 

IT avec l’AFP

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