Défense, Guerre, International

Républicaine centrafricaine : après le retrait de la France, le chaos ?

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé mercredi soir le retrait des troupes engagées depuis trois ans en Centrafrique dans le cadre de l’opération Sangaris. Alors que la situation reste instable.

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L’opération Sangaris touche à sa fin. Mercredi soir, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé devant l’Assemblée nationale le retrait des troupes françaises engagées en Centrafrique, où les troubles persistent.

« Nous fermons une opération car cette opération a été un succès », a assuré le ministre. Avant de se féliciter des « succès » de Sangaris depuis son lancement le 5 décembre 2013 :

« Nous avons évité des massacres de masse, permis un processus de réconciliation intercommunautaire, la reconstitution de l’Etat centrafricain, une élection présidentielle, des élections législatives. Nous avons aussi permis la mise en oeuvre d’un outil de formation de la nouvelle armée centrafricaine et le déploiement de la mission des Nations Unies pour garantir la sécurité sur le moyen terme de ce pays. »

Trois ans de guerre civile

Petit retour en arrière. Le 24 mars 2013, les rebelles Séléka, de confession musulmane, renversent le président chrétien François Boazizé. Le coup d’Etat déclenche une spirale de violences marquée par des exactions de masse, entre les populations musulmanes, pro-Séléka, et chrétiennes ou animistes, constituées en milices anti-Balaka. Des milliers de Centraficains sont massacrés, et un habitant sur dix est déplacé.

Face à l’incapacité de l’Etat centrafricain – qui avait appelé à l’aide dès le début de la rébellion Séléka en 2012 – de mettre fin à cette situation de chaos, le président français François Hollande décide, avec l’accord de l’ONU, d’envoyer des troupes fin 2013. Il déclenche alors l’opération Sangaris, chargée de rétablir un niveau de sécurité minimal et de préparer les conditions de déploiement des forces envoyées par la communauté internationale. Déployés sur trois zones sensibles, dont la capitale Bangui, les militaires français ont pour mandat de s’opposer à tous les groupes armés menaçant les populations et procéder aux désarmement des combattants non identifiés comme des forces de sécurité.

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Deux semaines après le déclenchement de Sangaris, le 19 décembre 2013, une mission de l’ONU, la MISCA, est mandatée à Bangui. Elle est relayée en septembre 2014 par une seconde, la MINUSCA, déployée sur l’ensemble du territoire. Les missions de Sangaris sont alors réduites à un appui logistique et opérationnel aux forces de l’ONU, composée de 12500 Casques Bleus. Parallèlement, la France a envoyé des hommes via les missions de protection des civils et de formation d’une armée centrafricaine, mandatées par l’Union Européenne à partir d’avril 2014.

Un retrait annoncé, malgré une stabilité « pas totalement revenue »

Trois ans plus tard, Jean-Yves Le Drian estime désormais qu’il est temps pour les troupes françaises de se désengager et que « le relais soit pris et par les forces centrafricaines et par la Mission des Nations Unies », sans pour autant abandonner la Centrafrique. « Nous continuerons à accompagner et à soutenir les forces internationales », a-t-il assuré, admettant que « la stabilité n’est pas totalement revenue ».

Un euphémisme. La Centrafrique est aujourd’hui dans l’impasse. Si le pays a réussi à élire dans le calme en mars dernier un nouveau président, Faustin-Archange Touadéra, celui-ci se retrouve à la tête d’un Etat sans armée ni autorité, sous la tutelle de fait des Nations Unies et sous la menace d’une reprise des violences meurtrières entre les groupes armés toujours actifs.

Chaque semaine, des dizaines de Centraficains sont tués dans des incidents, suivis de représailles, entre rebelles musulmans et milices chrétiennes. A cela s’ajoutent les 384 884 Centrafricains déplacés comptabilisés par le Haut Conseil aux Réfugiés (organisme de l’ONU) fin septembre 2016. Soit près d’un habitant sur dix, aujourd’hui menacé par la famine, la maladie et les exactions des groupes armés. L’urgence humanitaire persiste.

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