Europe, Politique

Espagne : fin de dix mois de blocage politique

Le parti socialiste a décidé dimanche 23 octobre de s’abstenir et de permettre au conservateur Mariano Rajoy de former un gouvernement, après dix mois de blocage. Au risque de voir souffrir encore plus la réputation d’un parti déjà en chute libre.

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Les troisièmes législatives en un an ont été évitées. Le parti socialiste espagnol (PSOE) a décidé dimanche 23 octobre de permettre au conservateur Mariano Rajoy, leader du Parti Populaire (PP), de former un gouvernement pour mettre fin à l’impasse politique qui dure depuis près de dix mois en Espagne.

Par 139 “oui” contre 96 “non”, le comité fédéral du PSOE s’est prononcé sur une “abstention” lors du prochain débat d’investiture. La voie est libre pour que Mariano Rajoy, Premier ministre depuis 2011, puisse former un nouveau gouvernement. Le leader du Parti Populaire pourrait être reconduit à la tête du gouvernement espagnol dès mardi par le roi Felipe VI. Il pourrait alors, grâce à l’abstention des socialistes, former un gouvernement minoritaire, appuyé par 137 députés sur 350.

Composition du Parlement espagnol
Infographie AFP

Cette décision met fin à l’impasse politique qui paralyse l’Espagne depuis les législatives de décembre 2015. Celles-ci ont marqué la fin du bipartisme historique en Espagne du fait de l’arrivée de nouvelles formations politiques comme Podemos (gauche radicale) ou Ciudadanos (centre-droit).

Le Parti Populaire, vainqueur des législatives sans majorité, n’a pu former de gouvernement en décembre puis en juin en raison de l’opposition de Pedro Sànchez, leader du PSOE, qui a refusé l’alliance avec le PP, parti “de la corruption, des coupes budgétaires et de l’austérité”, du fait des nombreux scandales qui l’ont éclaboussé ces derniers mois (“cela reviendrait à vendre son âme au diable, et à trahir les militants socialistes”).

“Nous redoutons l’abîme qui se creuse avec les militants”

Cet immobilisme politique a profondément divisé le PSOE, entre les partisans d’une coalition avec le PP qui permettrait à l’Espagne d’avoir un exécutif, et les défenseurs d’une ligne anti-Parti Populaire. Les socialistes ont finalement privilégié la logique de “moindre mal”, défendue par Javier Fernandez, président de la commission exécutive provisoire qui a pris les rênes du Parti socialiste après l’éviction de Pedro Sànchez en octobre dernier, affaibli par la division du parti. Le PSOE, fracturé, s’évite du même coup un nouveau scrutin où il risquait une déroute historique, après avoir déjà obtenu ses pires résultats aux législatives de juin (85 députés).

La direction provisoire du PSOE a assuré que son travail d’opposition resterait “ferme et sans concession face à la droite”, et que cette abstention ne “représentait pas un chèque en blanc” pour Rajoy. Ce choix représente malgré tout la première entente entre gauche et droite dans un pays encore marqué par les forts clivages issus de la guerre civile (1936-1939).

Une part des militants socialistes associe toujours la droite au franquisme, et ce virage historique pourrait entacher encore la réputation du PSOE, comme le laisse penser la déclaration du chef des socialistes catalans, Michel Iceta, devant le comité fédéral : “Nous redoutons plus l’abîme qui se creuse avec les militants et les électeurs que de troisièmes élections”. Au point, peut-être, de faire de Podemos la première force d’opposition en Espagne. Pablo Iglesias, le leader du parti des “Indignés”, a déclaré dimanche : “Dorénavant, il n’y a plus qu’une seule vraie opposition au diktat des pouvoirs financiers et de l’establishment. Et cette opposition, c’est nous.

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