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E-sport : sport virtuel, investissements réels

La ruée vers le sport électronique a débuté. Nourri par d’importants investissements récents, il attire les foules et les fortunes.

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La nouvelle tête d’affiche du Paris Saint-Germain s’appelle Lucas Cuillerier. Aucune chance cependant d’apercevoir ce prodige de 16 ans sur les pelouses de Ligue 1. Son talent, il l’exprimera manette à la main, sur le jeu FIFA 17. Le PSG a lancé son équipe de sport électronique (e-sport) le 20 octobre dernier. Une semaine après, c’est au tour de l’AS Monaco de se lancer. Si deux des trois plus gros budgets de Ligue 1 tentent l’aventure e-sport, c’est que l’enjeu marketing et financier est important. 

Le monde du football et de l’e-sport ont beaucoup en commun. Même mise en scène d’arrivée de joueurs stars, même passion des commentateurs, mêmes ambiances dans les stades… 

Selon le rapport intermédiaire sur l’e-sport de mars 2016, 205 millions de personnes (dont 4,5 millions de français) seraient spectateurs de compétitions d’e-sport. Des chiffres à prendre avec précaution, mais qui témoignent de l’enjeu marketing pour les investisseurs.

La Paris Games Week, le plus grand salon consacré au jeux vidéo en France, est à l’image de cet engouement. Avec plus de 226 000 visiteurs en 2015, le festival, qui se tient du 27 au 31 octobre, est un événement incontournable pour le secteur. Pas surprenant donc d’y retrouver le PSG et l’AS Monaco, les deux nouveaux investisseurs de l’e-sport.

Entreprise tentaculaire

Pour s’assurer de ne pas faire d’erreur, le PSG s’est associé au groupe français Webedia. Une entreprise tentaculaire que l’on retrouve partout dans l’e-sport français. Webedia a une situation de quasi monopole. A travers des rachats réguliers, le groupe a mis la main sur les principaux acteurs du milieu. Le 4 octobre 2016, elle a racheté Oxent. Cette dernière détient Toornament, plate-forme d’organisation de tournois e-sport, et l’ESWC, une compétition référence de la discipline.

Elle s’apprête en outre à prendre la main sur la plus grande société de management de joueurs et marketing de l’e-sport, BangBang Management.

Comme si cela ne suffisait pas Webedia contrôle également les principaux médias de l’e-sport. Si en juin 2014 c’est jeuxvideo.com qui était racheté pour 90 millions d’euros, Millenium y est également passé en novembre de la même année (le montant n’a pas été communiqué). Ce dernier est un des principaux diffuseurs de compétition en France. Millenium et jeuxvideo.com étaient les deux sites médias jeux-vidéos les plus consultés en France en avril 2016.

Pour couronner le tout, Webedia se trouve à la tête de ce qui fait pour l’instant office de fédération à cette discipline en pleine construction. Les acteurs de l’e-sport ont leur association faîtière : France e-sports ; au poste de président, Matthieu Dallon, dirigeant d’Oxent et donc employé de Webedia. Au poste de secrétaire général, Rémy Chanson – responsable e-sport chez Webedia.

En plus de noyauter l’association du secteur, le groupe possède donc des équipes, des tournois, des agents (de joueurs), les médias principaux du secteur… Un monopole quasi complet, comme le résume l’infographie ci-dessous.

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Pour le Paris Saint-Germain, l’association avec Webedia, est essentielle pour l’implantation dans un milieu que le club connaît peu. L’arrivée de Bora “Yellowstar” Kim au PSG n’est pas anodine. Retraité à seulement 24 ans après une carrière riche sur le jeu League of Legends, il est une véritable figure en Europe et aux Etats-Unis. Nommé “responsable e-sport”, Yellowstar n’a pas seulement un rôle sportif ; il est devenu cette semaine un véritable ambassadeur du PSG.

Spot publicitaire avec le joueur de football Lucas, présentation des joueurs avec le slogan “Dream Bigger” (« Rêver plus grand« ) : tout est bon pour promouvoir le sport électronique… et promouvoir au passage la marque PSG.

Médias et politiques aux premières loges

Car les médias s’intéressent de plus en plus à cette discipline ; L’Equipe.fr a mis en place une couverture spécifique depuis quelques mois, et Canal + a lancé vendredi 28 octobre son émission Canal e-sport Club.

Les candidats à l’élection présidentielle se sont aussi pressés cette semaine au Paris Games Week : Arnaud Montebourg, Florian Philippot, habitué de l’événement, Nicolas Dupont-Aignan.

14 clubs de football européens associés à l’e-sport

Avec l’AS Monaco qui a annoncé son investissement dans l’e-sport le 26 octobre, on recense maintenant 14 clubs de football européens ayant investi. Un phénomène loin d’être français donc. Si le Schalke 04, club allemand, avait été pionnier, ils sont nombreux à avoir suivi. Cinq clubs espagnols vont participer en janvier 2017 à la Virtual Football Organization.

Cette compétition virtuelle nationale est l’exemple de ce qui pourrait se développer, en France notamment. Le 18 octobre, la Ligue de Football Professionnelle a annoncé une e-Ligue 1. Le format est différent de sa version espagnole mais annonce une année 2017 chargée en e-sport.

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D’autres grands noms du football européen hésitent à s’engager. Parmi eux, le Bayern Munich ou Manchester United. Avec trois Ligues des Champions, 20 titres de champion d’Angleterre et une valeur estimée à près de 2,7 milliards de dollars, le club mancunien pourrait être un sérieux concurrent. Pour le PSG, pas question de s’investir à moitié. Nasser Al-Khelaifi, président du club, a affirmé en toute sobriété : « Le PSG a toujours besoin de gagner, vous n’avez pas le choix.« 

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