Femmes, Politique américaine, Société

#TamponsForTrump : les féministes voient rouge

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ravive les inquiétudes des féministes américaines, qui redoublent d’inventivité pour protester contre sa misogynie. Dernière opération en date : le sanglant hashtag #TamponsForTrump.

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Il voulait “attraper les femmes” par leurs parties intimes. Il se retrouve la boîte postale inondée de tampons usagés. En lançant le hashtag #TamponsForTrump sur Twitter, la féministe Gabrielle Diekhoff appelle les femmes à envoyer leurs tampons par adresse postale au bureau du nouveau président, ou à les prendre en photo et les publier sur Internet. Derrière cette initiative se cache une jeune new-yorkaise, qui s’explique sur le site américain Bust : “L’élection de Trump fut une catastrophe. Au réveil, je me suis posé la question : y a-t-il quelque chose que l’on puisse faire ?”

vulva

Après avoir manifesté jusqu’à s’en casser la voix, collé des affiches un peu partout et signé moult pétitions, Gabrielle a une illumination. “Trump parlait de nous prendre par les parties intimes… Si c’est ça qu’il veut, il l’aura. Dans sa dimension la plus sanglante”. Donald Trump est un habitué des saillies misogynes. La vidéo de 2005 dans laquelle il parle des femmes de manière grossière – des “vantardises de vestiaire” – n’est qu’un exemple parmi d’autres. Après un débat télévisé sur Fox News en août, chahuté par la journaliste Megyn Kelly, il évoque son “sang” qui sortait de “partout”. Lorsqu’une candidate républicaine, Carly Fiorina, se présente aux primaires, il juge impossible de voter pour elle “à cause de son visage”. Autant de diatribes, parmi d’autres, qui lui ont attiré les foudres des féministes américaines. 

Assise avec des amis, Gabrielle Diekhoff se rappelle qu’elle doit changer son tampon. Elle lance alors, rieuse : “Peut-être que je devrais l’envoyer à Trump et à Pence ! (Mike Pence, vice-président des États-Unis, ndlr)”. Un ami lui répond : “Honnêtement, Gabby… Ça pourrait sûrement devenir viral”. Et ça l’est devenu. Mardi, elle revendiquait plus de 600 envois d’”oeuvres”, envoyées en ligne ou par voie postale.

Sur son blog féministe, Clitorally, elle se considère comme “enragée” et revendique “transformer la colère en art, sous toutes ses formes : texte, poésie, collages, photos”. Et donc, tampons usagés. “Nous pensons qu’il est judicieux de confronter les gens à ce qui les met mal à l’aise : cela leur permet de s’intéresser à des sujets auxquels ils seraient indifférents autrement”.

 

« Retour sur le jour où j’ai perdu une partie de moi quand je changeais mon tampon ! #TamponsForTrump »

Inquiétude pour les droits des femmes

Marie Allibert, du collectif Osez le Féminisme, trouve la riposte de ses homologues américaines “proportionnée, et assez drôle”. Elle n’en reste pas moins “consternée” par l’élection du magnat de l’immobilier : “L’homme est accusé de multiples agressions sexuelles, opposé au droit à l’IVG, humilie les femmes, les renvoie à leur statut d’objet sexuel ou domestique… et il est élu !”. En octobre dernier, le hashtag #RepealThe19th, lancé par des internautes pro-Trump, réclamait l’annulation du 19ème amendement de la constitution américaine, qui accorde le droit de vote aux femmes. “On a peur pour les droits fondamentaux des Américaines, ajoute Marie Allibert. “Trump ouvre la porte à une misogynie totalement décomplexée”.

“Les femmes ne devraient pas voter, mec. Les hommes d’abord !” #RepealThe19th

collier tampons

En France, Suzy Rojtman, membre du Collectif national pour les droits des femmes, n’est pas franchement emballée par l’initiative. “Il faut de la com’, bien sûr. Mais il faut éviter le sensationnel”. Elle préfère attirer l’attention sur d’autres actions. “Les Américaines veulent manifester le 21 janvier (jour de l’investiture officielle de Trump, ndlr). Nous devrions peut-être faire pareil en France !, s’emporte la militante. “Quatre jours après l’anniversaire (42 ans, ndlr) de la Loi Veil, le symbole serait d’autant plus fort”. Si le milliardaire a commencé à mettre de l’eau dans son vin sur de nombreux sujets, il reste farouchement anti-avortement. Pour Suzy Rojtman, la protection de la possibilité d’avorter va forcément “être remise en cause”.

 

Les réseaux sociaux, arme de mobilisation massive

En France, une action contestataire similaire à #TamponsForTrump a déjà eu lieu. Durant l’été 2015, au moment du vote de la “taxe tampon”qui visait à taxer à 20% les produits hygiéniques féminins, le collectif CulotteGate prétendait avoir envoyé plus de 200 culottes aux sénateurs en signe de protestation. “Il y avait aussi des tampons, mais ils étaient propres”, se rappelle la militante d’Osez le Féminisme.

Ce n’est pas non plus la première fois qu’un hashtag féministe pestant contre Trump et son équipe apparaît. #PeriodsForPence est apparu en juillet 2016, bien avant #TamponsForTrump. Le but ? Appeler le cabinet de Mike Pence pour lui raconter les détails les plus gores de ses règles, comme l’explique le site The Daily Dot.

Depuis 2007, l’ex-gouverneur de l’Indiana s’oppose au planning familial. Il a notamment proposé une loi coupant les vivres des associations anti-IVG. Certaines féministes, jugeant l’homme trop “intéressé” par leur sexualité, ont décidé de lui notifier les bouleversements de leur corps pendant leur période “rouge”.

“Hey @mike_pence, petit point mensuel pour t’informer que mes crampes sont si douloureuses que j’en ai mal à la tête. #PeriodsForPence”

“Journée trèèèèès fluide. Ouille. Je sais à quel point tu t’intéresses à mon système reproductif. #PeriodsForPence”

Les réseaux sociaux sont, aujourd’hui, une arme de promotion massive pour les féministes. “À Osez le Féminisme, nous utilisons des méthodes traditionnelles comme le tractage et les manifestations, mais aussi les méthodes 2.0 : Facebook, Twitter et les pétitions en ligne”, confirme Marie Allibert. Un moyen d’action “au poids énorme” qui a déjà fait ses preuves. Notamment dans l’affaire Jacqueline Sauvage, à laquelle François Hollande a fini par accorder une grâce présidentielle partielle.

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