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La disparition de Vine, symbole de l’uniformisation des réseaux sociaux

Vine est mort. La pluralité sur les réseaux sociaux aussi. A force de s’entretuer, la durée de vie des applications est menacée.

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Six secondes en boucle qui s’interrompent brutalement.Vine disparaît. C’est officiel. Ce phénomène éphémère fait de vidéos ultra-formatées drôles, poétiques ou potaches avait été rachetée par Twitter en 2012. L’expérience s’est arrêtée cette année. Trop chère – environ 10 millions de dollars par mois selon le New York Times – l’application n’était pas rentable.

« Une plateforme de création superbe » d’une facilité « déconcertante » et à la « liberté d’expression totale« . Le « vineur » Pierre Lapin, qui compte plus de 10 000 followers, décrit l’application comme une « communauté plutôt bienveillante » qui permettait « quelques égarements« .

A l’annonce de l’arrêt de Vine, il avoue avoir culpabilisé « d’avoir participer à la mort de la plateforme« . « J’ai l’impression que tout le monde s’est dit “c’est bon, on a validé un truc, on a percé, on a plus besoin de ça”, ajoute-t-il. Maintenant, Pierre Lapin est obligé de « continuer l’aventure » sur Snapchat ou YouTube et rêve de trouver « concept original » sur une plateforme de contenu live (twitch, hitbox, facebook) qui, selon lui, « va nous faire connaître une nouvelle ère« .

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« Vine restera assurément gravé dans la grande collection des meilleurs moments du Web », explique Sébastien Frit, alias Seb la Frite, 250 000 abonnés, au journal Le Monde. Pour le vineur français le plus connu Jerome Jarre, le réseau social était néanmoins en fin de vie : «Nous savions tous que l’application s’était vidée de son audience», explique-t-il dans une interview accordée au site BloombergBusinessweek.

Si cette disparition s’explique par la concurrence accrue d’Instagram et Snapchat, elle pose un autre problème : nos réseaux sociaux tendent vers l’uniformisation. Au risque de tous disparaître et au détriment des communautés qu’elles génèrent.

Des « stories » pour son fil d’abonnés. L’envoi de messages ou de vidéos temporaires. Ce ne sont pas les fonctionnalités de base de Snapchat mais les nouveautés proposées par Instagram dans ces dernières mises à jour. Lancée dans une guerre ouverte avec ses concurrents, l’application rachetée un milliard de dollars en 2012 par Facebook vole des idées à droite et à gauche pour tenter de conquérir le plus d’utilisateurs possibles. Quitte à renier ce qui faisait sa singularité : autrefois, le réseau social proposait (seulement) des photographies soignées où la qualité prévalait sur la quantité.

Mais Snapchat n’est pas forcément à plaindre. Il regarde aussi ce que font ses voisins. Autrefois, l’application valorisait l’instantané. Ses messages s’auto-détruisaient en quelques secondes et permettaient toutes les fantaisies de ses utilisateurs. Désormais, le réseau social offre la possibilité de sauvegarder chacun de ses snaps et de tout conserver dans une sorte de bibliothèque appelée « Memories ». Comme sur Instagram.

S’entretuer pour se ressembler

« Il y un espèce de code sur lequel tout le monde s’aligne et qui tend vers une forme d’uniformisation « , juge Romain Rissoan, consultant formateur indépendant et spécialiste des réseaux sociaux. Ainsi, à chaque mise à jour, les différences s’amenuisent, les spécificités des uns et des autres disparaissent ou se complexifient. Résultat, les communautés se lassent et l’ennui pointe le bout de son nez chez des utilisateurs perdus dans ce flot de nouveautés chipées au rival.

Mais pour Romain Rissoan, cette uniformisation n’est pas « grave » car « cela va vers plus de simplicité » pour un utilisateur perturbé de ne pas posséder les différentes nouveautés selon les applications qu’il a téléchargé sur son portable.

Cet appétit cannibale pousse les plate-formes à s’épier. Même le dernier arrivé Périscope voit son succès de vidéos en streaming live pillé par Facebook Live et Instagram. La moindre inventivité se voit absorbée par son concurrent. Ce qui peut aboutir à la disparition d’une communauté de 40 millions d’inscrits comme celle de Vine. Ou à ringardiser une plateforme entière comme MySpace, pourtant une référence culturelle et sociétale au début des années 2000.

Facebook, leader intouchable ? 

Seul Facebook résiste à toutes les attaques. Mieux, son influence progresse d’année en année : il comptait en juin 2016 près de 1,7 milliard d’utilisateurs dans le monde et son bénéfice a augmenté de 186% en un an.

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Pour Rissoan, « Facebook reste le leader en terme d’interaction sociale, c’est celui qui a raison ». Il se « régale » avec cette uniformisation et « récupère la somme de tout ».

Même si le réseau social perd les jeunes adolescents qui préfèrent partager des contenus sur Twitter ou Instagram, Facebook s’impose comme la plateforme où tout le monde se retrouve. Elle permet surtout de référencer le monde entier sur une interface unique avec la possibilité de faire des recherches, de poster des photos, des vidéos, des messages courts ou longs, d’obtenir de l’information, de la partager etc.

On ne retrouve pas cette possibilité chez ses principaux concurrents. Cette fonctionnalité empêche les plus ambitieux de menacer Facebook de son statut de numéro un. Pour rappel, malgré ses 313 millions d’utilisateurs, Twitter peine à tirer profit de cette activité.

Malgré l’activité de ses utilisateurs, l’oiseau bleu n’a jamais réalisé le moindre bénéfice en dix ans d’existence. Même s’il a réussi à réduire ses pertes à 107,2 millions de dollars contre 136,7 millions au 2e trimestre 2015, son chiffre d’affaires de 602 millions de dollars (+20% en un an) est moindre qu’espéré par les marchés selon des chiffres publiés par l’entreprise. Le risque est grand de voir une autre communauté, encore plus visible que Vine, disparaître.

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