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Oktoberfest Paris : Quand la tradition laisse place aux affaires

L’Oktoberfest Paris se déroulait du 6 au 16 octobre au Paris Event Center, dans le XXe arrondissement. Inauguré l’an dernier, l’événement se présente comme une reproduction de la célèbre fête de la bière allemande, organisée chaque année à Munich. Si le houblon embaume l’atmosphère, l’ambiance feutrée des box VIP et les prix des consommations dessinent un festival sélectif, loin de l’esprit populaire de l’Oktoberfest…

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Le lieu laisse envisager une soirée d’envergure. Un chapiteau de 1500m2, dont l’écho et la lumière cueillent les automobilistes du périphérique parisien, situé à une dizaine de mètres. L’affiche est tout aussi prometteuse : une fête de la bière à Paris, censée prolonger l’esprit de l’Oktoberfest Munich, qui rassemble chaque année près de six millions de fêtards.

«Par quelle entreprise êtes-vous invité ? Si vous venez sans l’être, je vous prie d’emprunter l’autre file, celle des particuliers.». La fête de la bière ressemble plus, dans son casting, à un séminaire inter-entreprises qu’à une grande kermesse populaire. Sur le listing de l’hôtesse d’accueil, les invités de la SNCF côtoient ceux de Paulaner, l’un des plus grands brasseurs allemands, ceux de PWC, membre du « Big Four » des cabinets d’audit européens, mais aussi de l’AFR EVENT, agence d’événementielle allemande chargée de l’organisation de l’Oktoberfest Paris. Les yeux rivés sur leurs smartphones, les invités arrivent au compte-goutte. Costume-cravate pour messieurs, tailleurs pour mesdames. Au diable le Tracht, tenue traditionnelle germanique, qui marie à merveille les corsages serrés des bavaroises aux shorts à bretelles de leurs partenaires masculins.

La file d’entrée des « particuliers » ne transpire pas non plus la culture allemande. Jeans et chemises se cachent sous de longues vestes de mi-saison. Une réservation, effectuée sur le web, permet d’accéder au chapiteau pour la somme de 35 euros. Un montant affolant par rapport à l’Oktoberfest Munich, qui laisse entrer ses visiteurs gratuitement. Sa version française, qui possède pourtant les mêmes nom et organisateur, semble avoir opté pour une tout autre stratégie. Et forcément, une fois à l’intérieur, l’ambiance est différente de celle du festival bavarois.

« Cet événement doit permettre aux entreprises de développer une relation commerciale franco-allemande d’envergure »
Positionnés au centre de la salle, de longs bancs en bois clair garnissent d’épaisses tables rectangulaires plus foncées. Moins de la moitié des sièges ont trouvé preneur. Les participants sont éparpillés en petits groupes, sur des tables prévues pour trente personnes. Chacun déguste dans son coin bières et bretzels, en écoutant un groupe allemand reprendre du Patrick Sébastien. Seule consolation: l’odeur de chou embaume le chapiteau dès son hall d’entrée.

La disposition générale de la salle rend le lieu terne en dépit des immenses néons positionnés au plafond. Les clients des entreprises ne prennent pas place aux côtés des visiteurs « classiques ». Des box VIP, situés sur une estrade circulaire en bois faisant le tour de la salle, leur permet de dominer les tables des autres participants, au centre. «Ces démarcations ne favorisent pas l’esprit populaire de l’Oktoberfest, reconnaît Inès Gomis- Maire, responsable de la communication de l’Oktoberfest Mais les entreprises présentes accueillent des clients très importants. Il ne faudrait pas qu’ils reçoivent de la bière sur leurs costumes.»Ce qui est perdu sur le terrain de la convivialité semble gagné sur le terrain des affaires. « Cet événement doit permettre aux entreprises de développer une relation commerciale franco-allemande d’envergure, poursuit la jeune femme. Quant aux particuliers, nous tentons de leur offrir un after-work aussi classe qu’original. D’où les prix affichés, qui permettent une sélection à l’entrée.» Les plats végétariens à la carte et le litre de bières (12,90 euros contre 10 en Allemagne) appuieront son propos.

Jean-Marc, Etienne et Paul, quinquas parisiens, ont du mal à cacher leur déception : «Sur 600 personnes présentes, près d’un tiers sont dans les box des entreprises, estiment-ils après un rapide comptage. Le reste, ça doit être 90% de parisiens qui sortent du taf. L’ambiance reste sympathique, mais donner à cette soirée le même nom que celle de Munich, c’est exagéré.»

L’Oktoberfest Paris a fermé ses portes le 16 octobre. Sur les dix jours du festival, les organisateurs ont écoulé 12000 litres de bière. Le nombre de contrats signés est quant à lui rester secret.

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