Culture, Musique

Comédies musicales : entre Français et Anglo-saxons, il y a match

La comédie musicale est un art pratiqué aussi bien par les amateurs de la langue de Molière que par ceux de la langue de Shakespeare. Pourtant, dans les salles de théâtre, les Anglo-saxons savent mieux convaincre leurs auditoires.

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Robin des Bois, Les Trois Mousquetaires, et maintenant Les Dix Commandements. Les comédies musicales reviennent sur le devant de la scène et le public français est au rendez-vous. Mais les productions françaises, qui se cantonnent aux grandes salles et aux Zéniths de l’Hexagone, ont du mal à s’installer de façon pérenne dans des théâtres dédiés. Une différence notable avec les productions anglo-saxonnes de Broadway (New York) et du West End (Londres) qui rivalisent de longévité. Sans compter les différences en terme de qualité et de production. Quand en France, des comédies musicales qui mélangent idoles des jeunes et chansons variétés trop édulcorées explosent, outre-Manche et outre-Atlantique, des superproductions à la trame bien plus construite révèlent des stars. On a passé en revue les succès de chez nous en les comparant à ceux qui marchaient côté anglo-saxon à la même période.

2000-2007 : Les Dix Commandements vs. 2001 : Mamma Mia

Ces sept années sonnent comme l’âge d’or d’une comédie musicale qui vit en ce moment son revival. C’est le parcours de Moïse qui inspiré Pascal Obispo et Elie Chouraqui pour Les Dix Commandements, qui devient rapidement une machine à hits. Impossible de passer à côté de “ L’envie d’aimer ”, qui se transforme en ballade favorite des stations radio. Les salles sont presque remplies à 100% à chaque représentation. Albert Cohen, producteur de la pièce, raconte à Libération : « C’est vrai, on espérait un succès. Mais de là à ce qu’il soit de cette ampleur… Ce type de production reste, en France, à haut risque. Les repères et l’historique sont encore très récents : il n’y a que Starmania et Notre-Dame de Paris ».

Les hits, Broadway connaît aussi. Alors que Les Dix Commandements font leur tournée en France, le Theater District fait revivre un groupe iconique des années 70 avec Mamma Mia : Abba. À travers une histoire farfelue de mariage et d’histoires d’amour de jeunesse, les producteurs de la comédie musicale trouvent le moyen d’intégrer les singles les plus connus du groupe suédois. Malgré la lourdeur du script et de la présence des chansons, c’est une réussite : le Winter Garden, premier théâtre où la pièce s’est montée, compte plus de 2.500 représentations.

Le vainqueur : La victoire est facile pour Mamma Mia, qui a parié sur la nostalgie des mélomanes de l’époque. Une médaille honorable revient cependant aux Dix Commandements, dont le succès permet son retour sur scène cette année.

2005-2007 Le Roi Soleil vs. 2005 : Billy Elliot

Sous la perruque de Louis XIV dans Le Roi Soleil, une révélation : Emmanuel Moire. A ses côtés, une autre : Christophe Maé, en frère du roi. Un duo qui a su rapidement séduire le public français, sur scène mais aussi sur les ondes. “ Être à la hauteur ”, “ Mon Essentiel ”, “ Ça Marche ”, permettent à l’album Le Roi Soleil de se hisser à la troisième place des albums les plus vendus en France en mars 2005. Et de cumuler, à travers plusieurs salles françaises, plus d’1,5 million de spectateurs.

En 2005, le son de la révolte gronde sur les planches du Victoria Palace, à Londres. L’icône de cette révolte, c’est Billy Elliott, le héros du film éponyme sorti cinq ans plus tôt, et qu’Elton John choisit de faire revivre sur les planches. Tout comme dans le film d’origine, la pièce fait la part belle à ce jeune garçon qui rêve, malgré son milieu défavorisé, de devenir danseur. En vedette aussi, la troupe de mineurs et de policiers, qui luttent à la suite des mesures d’austérité prises par Margaret Thatcher. Sans oublier le message comique (et positif) chanté par Michael, le meilleur ami de Billy qui a la manie d’aimer porter les robes de sa mère : Expressing Yourself.

Le vainqueur : Le charme de Billy Elliott aura permis de faire durer la pièce bien plus longtemps que le règne d’Emmanuel Moire en France. Alors que Billy Elliott se joue encore à travers le Royaume-Uni, la tournée du Roi Soleil n’a duré que deux ans.

2011: Dracula, l’amour plus fort que la mort vs. The Book of Mormon

Fini le rock déjanté, place maintenant à l’ère des vampires lancée par Twilight et ses camarades avec Dracula, l’amour plus fort que la mort. Les versions cinématographiques de l’un des vampires les plus connus de l’histoire poussent Kamel Ouali à recréer l’histoire, sur la scène du Palais des Sports de Paris. Les rimes faciles et infantiles d’“ 1, 2, 3 ”, d’Anais Delva (oui, celle de “ Libérée, Délivrée ”), composées par Jennifer Ayache (Superbus) ne parviennent pas à convaincre. La critique est mitigée. Seules 200 représentations se tiennent entre la France et la Belgique.

La subversion fonctionne à Broadway. Les créateurs de South Park l’ont compris avec The Book of Mormon. Son pitch a des airs de Kamoulox : Kevin Price, un jeune mormon à l’ambition dévorante, a pour mission d’aller éduquer des jeunes Ougandais à la foi. Des jeunes Ougandais, qui, eux, sont bien trop occupés par leurs propres problèmes : la famine, la guerre, et la pauvreté. Les aventures de Kevin et de son meilleur ami Arnold les amèneront à se poser toutes sortes de questions, allant de leur propre spiritualité à… l’homosexualité refoulée de leurs camarades. Un pari risqué mais gagnant : la pièce a remporté 9 Tony Awards, l’équivalent des Oscars pour le théâtre américain.

Le vainqueur : Malgré leur esprit parfois rétrograde, les Mormons prennent de l’avance avec leur esprit barré et leurs chansons qui vont à l’encontre du politiquement correct. La France, qui a vainement tenté de séduire en reprenant la mode des vampires avec un train de retard, fait face à un lourd échec.

2013 : Robin des Bois vs. Matilda

En 2013, Matt Pokora se refait une jeunesse en participant à Génération Goldman. Le chouchou des NRJ Music Awards tape dans l’oeil des producteurs de Robin des Bois, qui misent tout sur le chanteur pour ameuter ses fans au palais des Congrès. Le récit imagine le futur de Robin des Bois : quinze ans après sa séparation de Marianne, celui-ci a un fils caché qui tombe amoureux de la fille du méchant shérif du coin. De quoi créer une nouvelle bataille entre les ennemis jurés de Nottingham. 450.000 spectateurs iront voir Matt et son archer dans toute la France. La critique des médias people et jeunesse est enchantée.

Un esprit de révolte gronde à nouveau sur les planches. Cette fois, la révolte est menée par une petite fille qui lutte contre les adultes qui méprisent et maltraitent les enfants. L’histoire, adaptée d’un roman de Roald Dahl, met ainsi à l’honneur Matilda, qui se découvre des pouvoirs incroyables qui lui permettent d’affronter les adultes les plus méchants de son entourage. A l’honneur aussi, Bruce, le petit gros de l’assemblée qui lance la révolte contre la méchante maîtresse. Ce récit enfantin a su séduire au-delà des salles de classe. D’abord montée à Londres, la comédie musicale est transférée à Broadway en 2013. Un succès approuvé par le public et la critique : à Londres, Matilda remporte 6 Laurence Olivier Awards. A New York, elle empoche 5 Tony Awards.

Le vainqueur : Matt Pokora et Matilda ont en commun de plaire aux enfants. Matilda a cependant le talent de convaincre aussi les adultes.

2016 Les Trois Mousquetaires vs. 2015 : Hamilton

Le héros de Roméo et Juliette reprend son épée. En 2016, Damien Sargue n’est plus un amoureux transi : il incarne Aramis parmi la troupe des Trois mousquetaires qui s’est révélée en septembre dernier au Palais des sports de Paris. A ses côtés, deux stars révélées par l’émission Danse avec les stars : le canadien Olivier Dion, et le français Brahim Zaibat, danseur et ex de Madonna. Un casting très people, donc, et des chansons aux paroles criantes de niaiserie.

On vous a déjà dit que la subversion séduisait à Broadway. La preuve encore en 2016, avec Hamilton. Prenez un casting de toutes les couleurs et de toutes les origines. Faites-le interpréter les Pères fondateurs de l’Amérique, des personnages essentiellement blancs. Faites-leur rapper les récits les plus importants de l’Histoire des Etats-Unis. Vous obtenez la comédie musicale qui fait l’unanimité de la critique d’un pays encore déchiré par les débats sur la question raciale. Une unanimité qui s’est traduite par un record : 16 nominations aux Tony Awards et 11 prix gagnés. Avec une promesse : celle d’un transfert de la comédie musicale sur les planches du West End en 2017.

Le vainqueur : Hamilton et les Trois Mousquetaires s’essaient tous les deux à la modernité : l’un via un message politique et musical qui renouvelle tout Broadway. L’autre par une reprise ratée du style pop-dance maladroit qui déborde des ondes radio. Hamilton, La Fayette et leurs camarades remportent la bataille.

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