Culture, France, Musique

Pourquoi la France est-elle en retard sur les comédies musicales ?

Parmi les raisons qui justifient ce décalage, le refus de la France de céder à l’américanisation de la culture, ou encore le mode de production à la française, qui vise à vendre des disques avant de vendre des places de spectacles.

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Alors que les Dix Commandements font leur retour et que les Trois Mousquetaires tentent de conquérir la France, Broadway et le West End londonien regorgent de comédies musicales remarquables par leur longévité. Alexandre Raveleau, auteur de Musicals – Paris – Hollywood – Broadway – L’histoire de la comédie musicale, nous explique pourquoi.

Quelles sont les différences entre les comédies musicales produites aux Etats-Unis et Royaume-Uni et en France ?

En France il y a une spécificité qui était celle de Notre Dame de Paris : on considère les comédies musicales de ce type comme des produits markétés, qui sont créés au départ pour vendre du disque. C’est le disque qui permet de vendre des places. Les chansons sortent 10 à 12 mois avant le spectacle : la logique, c’est que la chanson prévaut sur le spectacle. Les gens qui vont voir ces spectacles sont des fans qui viennent assister à une sorte de concert. On ne voit pas ça aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, où on vient voir le spectacle. On ne connaît même pas les artistes qui y jouent, c’est d’abord la marque : on va voir Cats, Le Roi Lion, Mamma Mia. Le problème des spectacles français, c’est qu’ils sont souvent périssables, parce qu’ils correspondent à une mode. Ce n’est pas le cas des comédies musicales anglais, qui sont plus intemporelles.

Comment expliquez-vous la différence de qualité et en terme de production entre les pays anglo-saxons et la France ?

Culturellement, la comédie musicale est un genre implanté aux Etats-Unis et dans le West End de Londres, beaucoup plus qu’en France. Ici, en France, on a une culture de théâtre, avec Molière et Corneille, on a aussi la culture de la musique intelligente comme l’opéra, mais la comédie musicale, c’est assez récent. Pourtant, on a inventé la comédie musicale avec l’opéra bouffe, et les américains (qui étaient des européens à la base) les ont importé. Les opérettes qu’ils ont créés, et là-bas ils ont importé le french cancan, les cabarets, les folies bergères… jusqu’à créer la comédie musicale. Nous, on a continué notre sillon en restant sur l’opérette, et on n’a pas fait de comédie musicales. On a aussi mis beaucoup de temps à accepter la comédie musicale, parce qu’on a longtemps été contre l’américanisation.

Les Français sont-ils aussi amateurs de comédies musicales que les anglophones ?

ils le deviennent, parce que la comédie musicale répond à un besoin : celui de voir un spectacle total, où on en a pour son argent. On constate ce besoin dans tous les pays occidentaux. Ce phénomène touche un public populaire qui n’a pas forcément un budget très élevé. Avec la comédie musicale, ils sont sûrs de ce qu’ils auront et ils ne sentiront pas volés, contrairement à une pièce de théâtre, où on est moins sûr de ce que l’on aura.

La langue française est-elle un handicap pour les comédies musicales ?

Non, je ne pense pas que ce soit un problème, même si je me souviens de certaines comédies musicales qu’on a décidé de ne pas traduire, comme Grease, par exemple. Il est vrai que, quand on a une chanson à l’oreille, la mettre en français donne toujours un rendu un peu spécial. La version de Cats au Mogador n’était pas pareille que l’originale et s’éloignait de ce qu’on entendait d’habitude. Mais je ne m’inquiète pas. La langue française s’est très bien accoutumée à l’opéra. Les allemands ont bien réussi à le faire pour la comédie musicale, alors que ce n’est pas une langue très facile.

En France, on a tendance à importer les grandes comédies musicales anglophones (au Châtelet ou au Mogador). N’est-ce pas une preuve de la faiblesse des catalogues français ?

On n’a pas le choix, si on veut faire de la comédie musicale et aborder les classiques, puisque le genre s’est développé aux Etats-Unis. En France, l’opérette est devenue désuette, même si elle s’est exportée à l’étranger. Il n’y a pas eu de grande comédie musicale française avant, à part Starmania. Et puis, quand on joue verdi en italien, on ne s’en plaint pas, il peut se passer la même chose pour les comédies musicales anglophones.

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