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Ces jeunes Socialistes et ces jeunes Républicains qui se retrouvent chez Macron

Tout les opposait, il y a cinq ans. Maintenant, ils se retrouvent dans le même camp : celui d’Emmanuel Macron. Le leader d’En Marche ! mise sur sa vision d’une France qui regarde vers le futur, au delà des clivages traditionnels et sur son côté pro-européen pour séduire des anciens du Mouvement des Jeunes Socialistes, et des ex-Jeunes Républicains.

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On les appelle les JAM. Les Jeunes avec Macron. Bien lookés, bien coiffés, étudiants ou jeunes actifs, ils sont près de 21 000 à travers la France. Leur particularité ? Ce sont des novices de la politique. Pour la plupart, il s’agit de leur première campagne. Ces jeunes ont cru – dès les débuts et avant même la création d’En Marche ! – à la stature présidentielle de l’ancien Ministre de l’Économie, Emmanuel Macron. Mais ils ont vite été rejoints par d’autres, des plus expérimentés. Déçus de la primaire de la droite, de celle de gauche, de la radicalisation de leur parti ou des affaires de François Fillon, de nombreux adhérents du Mouvement des Jeunes socialistes (MJS) et d’anciens Jeunes Républicains se retrouvent dans ce même camp, celui des Jeunes Avec Macron, alors que tout les opposait il y a encore cinq ans.

Des partis traditionnels exténués

C’est le cas d’Antoine, 26 ans. Chargé de mission dans une Mutuelle, il a milité cinq ans au Mouvement des Jeunes Socialistes, entre 2009 et 2014, avant de se décider à rejoindre En Marche !

«Le Parti socialiste est irréformable et beaucoup trop conservateur dans ses méthodesraconte-t-il, sévère envers son ancien parti. Dans le mouvement, tout est bien trop hiérarchisé. Avoir des responsabilités ? C’est impossible si vous n’avez pas milité au moins cinq ou six ans. » 

Ce parti socialiste « déconnecté », incapable de se moderniser, a poussé ce militant désenchanté à s’engager dans le milieu associatif.

«Je me suis dis que ça passerait par là, poursuit-il. Au Parti socialiste, les différences politiques étaient devenues trop importantes entre tous les membres. La seule chose qui nous rassemblait…. c’était le nom de notre parti. »

Rejoindre En Marche !, le grand écart ? Pas tant que ça. Antoine le précise, au MJS, il faisait parti d’un courant libéral économiquement, proche de la ligne de Dominique Strauss-Khan – La Relève – et n’est pas seul à avoir suivi Macron. Il l’avoue : « J’y retrouve pas mal de copains »

Aucune distinction le soir du premier tour de l’élection présidentielle. Anciens MJS ou anciens Républicains, tous se réjouissent de la victoire de leur poulain.

Matthieu, parisien de 27 ans, a lui aussi rejoint En Marche !  mais vient de l’autre bord politique. Encarté chez Les Républicains depuis mai 2014, il a rendu sa carte quelques mois plus tard, lorsque Nicolas Sarkozy est revenu aux manettes du parti. Il est resté « sympathisant actif » : il a milité pour Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore pour Alain Juppé pendant la campagne de la primaire de la droite et du centre. « Pour la droite progressiste et moderne », précise-t-il, se sentant obligé d’ajouter qu’il attache beaucoup d’importance à des thèmes comme l’écologie ou le droit des minorités.

« C’est la droitisation du parti qui m’a effrayé. Dès qu’on remettait en cause cette orientation politique, on se faisait siffler de toute part. François Fillon ? J’avais combattu son programme pendant toute la primaire…. ça aurait été incohérent de faire campagne avec lui. Ça m’a encouragé à rejoindre En Marche ! »

Chose faite, juste après l’élection de Fillon. Une fois chez les Marcheurs, Matthieu découvre une autre façon de militer. Un fonctionnement « plus démocratique, plus participatif, où l’on prend en compte les remontées du terrain », où les référents des sections sont bien plus présents, où la hiérarchie est moindre, et où chacun choisit le « rôle » qu’il aura à jouer.

Sourires, tee-shirt « Macron président », drapeaux tricolore et drapeaux européens.

Emmanuelle, 21 ans, originaire de Biarritz et militante Les Républicains, a les mêmes arguments. Engagée auprès des Jeunes Avec Juppé, elle a co-organisé leur départ vers Macron, déçue de la radicalisation de son parti, de la personnalité obstinée de François Fillon et des alliances qu’il a pu opérer – notamment avec Sens Commun.

« Les Républicains, ce n’est plus le parti gaulliste auquel on avait l’habitude. Le parti a suivi une ligne beaucoup plus réactionnaire, dans laquelle je ne me reconnaissais plus. On a espéré jusqu’au bout, on a attendu qu’Alain Juppé revienne jusqu’en mars. Quand on a su qu’il n’irait pas, on a décidé de franchir le cap. J’ai un peu trahi mon parti, mais en tout cas, je n’ai pas trahi mes idées. A 20-25 ans, je pense qu’il vaut mieux suivre ses idées. »

Après quelques réunions, des centaines de mails et une tribune de plus d’une centaine de signataires, Emmanuelle s’engage dans Les Jeunes de la droite avec Macron, dont elle est porte-parole aujourd’hui. Lancé en mars, le mouvement regroupe aujourd’hui près de 300 militants de tout âge, « tous hypers motivés, indique-t-elle. On reçoit des messages matin, midi et soir… même à 3 heures du matin».

Au delà du clivage gauche / droite

Si En Marche ! séduit autant ces militants, c’est parce que le mouvement n’est ni de droite, ni de gauche, et veut repenser les clivages traditionnels, « vieux de 50 ans, qui n’ont plus de sens ». Tous le répètent : la carte politique change, le défi est désormais de trouver un nouveau curseur afin de combattre efficacement l’avancée de l’extrémisme.

« C’est plus cohérent de parler des libéraux contre les autres, des internationalistes contre les autres » – Antoine, ex-MJS

« C’est une vision nouvelle de la politique : on ne fait pas de clivage entre la droite et la gauche, mais plutôt entre une France rétrograde conservatrice et une France progressiste qui regarde vers le futur. » – Emmanuelle, LR

« Le clivage traditionnel français n’est plus d’actualité. Je me considère comme quelqu’un de libéral, comme ce que représente Macron. C’est un peu comme le clivage américain : les démocrates d’un côté, les républicains de l’autre. » Xavier, ex-LR

« Bon, on est pas toujours d’accord entre anciens MJS et anciens LR. Mais on se rejoint sur les grandes lignes, notamment sur l’Europe. »Matthieu, ex-LR

Les Jeunes avec Macron, le soir du 23 avril 2017

Mais en pratique, cette cohabitation n’est pas si simple. Certains ont du mal à retourner leur veste, et beaucoup voient encore le leader d’En Marche ! de la couleur politique pour laquelle ils ont milité.

« Il est un peu des deux, mais surtout du centre-gauche. L’égalité des chances, ça vient de la gauche, et le côté pro-européen, du centre. » – Antoine, ex-MJS

«On a souvent critiqué Juppé d’être de gauche. Là, on accuse Macron d’être de droite. Pour moi, c’est un Juppé en plus jeune. Son programme économique est clairement de droite, mais d’une droite qui va moins loin que celle de François Fillon. Ses mesures sont réalisables en 5 ans : 120 000 postes de fonctionnaires en moins, plutôt que 500 000 selon Fillon.» -Emmanuelle, LR

Les Républicains, plus frileux que les Jeunes Socialistes

L’exode vers En Marche !  n’est pas équivalente partout. Elle est bien plus importante chez les Jeunes Socialistes que chez les Jeunes Républicains, certains étant encore réticents à y adhérer « complétement », comme l’explique Matthieu.

«La plupart des Jeunes Républicains mettent beaucoup plus de temps pour rejoindre Macron. Soutenir un ancien ministre de François Hollande, c’est assez délicat. »

Porte de Versailles, là où Emmanuel Macron avait installé son QG pour suivre les résultats de l’élection présidentielle, tous les Jeunes avec Macron se sont retrouvé pour fêter la victoire

Emmanuelle, par exemple, n’a pas adhéré à En Marche ! Elle soutient seulement Macron pour la campagne présidentielle au sein du mouvement des Jeunes de la droite avec Macron. « Je crois que je ne suis pas encore prête à tracter avec d’anciens MJS », lâche-t-elle, sur le ton de la confidenceajoutant que l’objectif de l’après-campagne est de former un majorité de droite à l’issue des élections législatives. Ancienne militante des Jeunes Républicains, elle raconte qu’elle a été vivement critiqué à l’annonce de son ralliement au camp de Macron.

« C’était très compliqué. D’autant plus que mon père est investi politiquement lui aussi. On m’a accusé de détruire sa carrière. Surtout quand la tribune est sortie : j’ai reçu de nombreux messages d’insultes et ceux qui n’approuvaient pas sont venus me faire la morale.»

Pour ceux restés chez les Républicains, le fait de rejoindre Macron n’est pas considéré comme quelque chose de très honorable. C’est du moins ce que pense Rémy – 24 ans – un ancien co-responsable des Jeunes avec Juppé à Bordeaux. Selon lui, la plupart des militants LR ayant rejoint les Jeunes de la droite avec Macron n’étaient pas encartés et l’ont fait par « pur opportunisme politique ». 

« Ce sont des jeunes qui ont soutenus Juppé pour la primaire de la droite mais qui n’avaient pas leur carte au parti. Ils ont soutenus un candidat par opportunisme. Certes, la branche humaniste et libérale se meurt à droite, mais si tout le monde part, que restera-t-il ?»

Rémy l’avoue. Plusieurs fois, il s’est posé la question de rejoindre Macron lui aussi ; mais s’y est résolu, ne souhaitant pas « abandonner son parti » ou n’y voir résider – à terme – que la fraction la plus radicalisée de la droite.

« Je préfère rester chez Les Républicains en y incarnant l’aile gauche que d’être chez Les Jeunes avec Macron et y incarner la droite. Cela n’a aucun sens. Macron, en agrégeant les plus modérés, favorise en même temps les extrêmes. Je trouve ça dangereux, il ne faut pas tomber dans le piège. Moi, j’ai encore envie d’incarner cette droite humaniste.»

On comprend aussi pourquoi les débuts des anciens Républicains au sein des Jeunes avec Macron ont été, eux aussi conflictuels. « Ceux qui étaient là dès la création du mouvement nous ont traité d’opportunistes également. L’intégration a été un peu longue et fastidieuse : ils ne nous invitaient pas aux débats ou aux réunions », déplore Emmanuelle.

Mais maintenant, elle l’assure : « ça va mieux ». Surtout depuis que Macron s’est qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. Ex-MJS comme ex-Républicains, leur objectif est redevenu commun : convaincre les Fillonistes et les abstentionnistes, d’ici le 6 mai. 

Alice FROUSSARD et Camille-Aimée MALPLAT

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