Actualités, Politique, Politique américaine

#Bayrougate, l’affaire qui affole Twitter en cette fin de campagne

Le hashtag #Bayrougate a pris la première place des sujets les plus discutés sur Twitter, après la publication sur Medium du témoignage d’un ancien attaché parlementaire, qui dénonce les pratiques de l’UDF à la fin des années 90. Une information vérifiée par le journal Le Télégramme.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookEmail this to someone

Avec des dizaines de milliers de lecteurs en moins de 24 heures, 100 000 selon l’auteur, les posts sur Medium d’un ancien attaché parlementaire de l’UDF à la fin des années 90 ont agité les réseaux sociaux ce vendredi. La publication s’est rapidement hissée dans les sujets les plus discutés sur le réseau social Twitter. Il faut dire que l’information est hautement sensible à la veille du second tour de l’élection présidentielle.

Vraie info…

Le 2 avril 2017, Nicolas Grégoire publie une première fois sur Medium un témoignage où il raconte son expérience d’attaché parlementaire fictif. Celui-ci passe relativement inaperçu dans un premier temps, même s’il est repris dans la revue de presse de Mediapart.

Un journaliste va alors prendre le temps d’enquêter. Hervé Chambonnière travaille pour le quotidien régional Le Télégramme. Le 8 avril, il publie deux articles. Contacté par le CFJ, il confirme la version des faits de l’ancien attaché parlementaire.

Concrètement, Nicolas Grégoire travaillait pour le magazine du parti de François Bayrou, Force démocrate, mais en étant rémunéré comme attaché parlementaire de l’ancien sénateur Jean-Jacques Hyest et de l’ancien député Ambroise Guellec, selon le Télégramme.

Les parlementaires concernés reconnaissent les faits. « Oui, bon, j’ai dû rendre service à Force démocrate. Je me rappelle très bien de cette personne » indique au journal régional Jean-Jacques Hyest, un ancien sénateur, aujourd’hui sage au Conseil Constitutionnel. Il se justifie, expliquant qu’il s’agissait de pratiques courantes dans ces années-là. « En tout cas, à l’époque, cela ne me paraissait pas répréhensible. »

Contacté par le CFJ, l’Agence France Presse, qui a enquêté sur l’affaire, confirme que « ce n’est pas une fake news ».

Dans son livre “Les mains propres”, publié en 2014, Corinne Lepage explique que ces pratiques ont perduré ensuite au sein du Modem, parti qui a pris la suite de l’UDF : “Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence.

 

… Mais fausse censure

L’affaire n’est pas encore sortie dans les médias. Contactées par le CFJ, les rédactions de Mediapart et de France Info l’expliquent par plusieurs raisons. L’enquête est complexe et les faits datent de plusieurs années. Ils sont prescrits. Et l’attitude de Nicolas Grégoire nous a été décrite par Fabrice Arfi comme contre-productive, n’aidant pas à la diffusion des informations. « Il a eu une attitude vindicative avec notre journaliste. Il voulait signer l’article à son nom mais a refusé de nous raconter l’histoire« , explique le journaliste.

Sur Twitter, Cédric Mathiot, responsable de la rubrique Désintox de Libération abonde dans le même sens. « Par manque de temps, à cause de l’actu folle, parce que cette histoire datée n’est pas apparue aux yeux du journaliste comme une priorité, parce qu’enfin (ce n’est peut-être pas la meilleure raison mais le rapport à la source importe aussi dans ce métier) le ton des échanges (entre parano et accusations diverses) a conduit le journaliste de Libé à y mettre un terme. »

Si proche du premier tour, des journalistes comme Samuel Laurent s’interrogent sur les motivations de Nicolas Grégoire. Celui-ci assure seulement vouloir moraliser la vie politique.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookEmail this to someone
  • Un Passant

    « Encore une fois, on surfe sur la défiance envers « lémédia » et sur ce fantasme permanent du complot généralisé. »

    Il faut dire qu’un certain nombre de médias peuvent présenter certaines choses avec une orientation politique assez discutable ou contestable, et n’aident pas en tentant de se crédibiliser par le ton d’autorité en éludant leur part de subjectivité lorsqu’ils attaquent globalement les autres.

    Samuel Laurent et son « Decodex » en est un parfait exemple. Peu crédible à mes yeux.

    Voir Acrimed, Action Critique Médias, qui explique à quel point il y a de quoi y redire sur la façon dont été présentés certains candidats par rapport à d’autres dans les médias.

    Ainsi que l’article « Le candidat des médias » du Monde Diplomatique mai 2017.

    En fait, à travers la lutte des « fakes news », sans regard critique sur ce qui ne relève pas tant des « fake news », je trouve que les journalistes se mettent au service d’une idéologie / d’une politique contestable.

    Et si je trouve tout autant dommage que des candidats soient décrédibilisés par les affaires en cours, ou qu’il soit cherché à les décrédibiliser par les affaires et non en argumentant sur les idées, le souci c’est que ces mêmes candidats jouent surtout sur l’image médiatique, comptent dessus, il me semble. Et qu’il y a à redire sur le déroulement, le cadre.

    A consulter, le site d’Acrimed, à lire David Van Reybrouck, à écouter Francis Cousin, Frédéric Lordon et Bernard Friot, entre autres.

  • Luc Védie

    Merci pour cet article. Je ne connaissais pas le cfjlab, et il m’en a donné une bonne impression. Vous avez peut être gagné un lecteur (surement pas un seul)

    • Clément Rouget

      Merci Luc ! C’est un site utilisé par les étudiants en journalisme du Centre de Formation des Journalistes pour poster leurs productions.

  • Evil David

    J’ai une question : quand on dit que les faits sont prescrits, j’imagine qu’on sous-entend « juridiquement ». Ça empêche les journalistes d’enquêter ? Sinon ca me fait quand même un peu sourire quand les journalistes jouent aux victimes, surtout après cette élection où trop d’approximations et de déformations ont été relayées par la presse.

    • Luc Védie

      Quand les fait sont prescrit, ça veut uniquement dire que la justice ne peut plus être saisie. Par contre, ça sous-entend qu’une longue période s’est déroulée depuis les fait, rendant d’autant plus délicate et lente la procédure de vérification et d’enquête journalistique.
      Alors que les fait soient avérés, c’est apparemment le cas. Mais qu’il ai été cambriolé (gentil le mec des RH, ils efface juste des fichiers de son disque et il laisse tout tel quel) et que les journaux refuse de le publier, c’est autre chose qui est plus discutable.
      Je peux parfaitement comprendre que l’auteur se sente paranoïaque, après tout ce qu’il a vécu, mais ça ne veux pas dire que l’on doit prendre tout ce qu’il écrit pour parole d’évangile.
      Je préfère douter de tout (à commencer par les journaux, mais pas que).