Climat, COP21, Politique

Philippe, Macron, Hulot : vers une fracture écologique ?

Le président de la République et son Premier ministre n’ont jamais brillé par leur engagement sur les questions environnementales. La nomination de Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique pourrait bousculer les choses, à condition que les protagonistes s’entendent. Mais ce consensus est loin d’être acquis. Découvrez les dossiers sur lesquels la température pourrait (encore) grimper. 

 

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À vouloir construire un gouvernement d’union nationale, comme l’a défendu jeudi matin le porte-parole Christophe Castaner, le risque de dissensions entre ministres est grand. Nous avons décortiqué les positions de Nicolas Hulot, Edouard Philippe et Emmanuel Macron sur les questions environnementales. Voici leurs principaux points de désaccord.

La sortie du nucléaire

Certainement le dossier le plus épineux. Pour Nicolas Hulot, « la France doit sortir du nucléaire« , une énergie qui « appartient au passé. » Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne partagent pas vraiment son avis.

Le premier a longtemps été plutôt pro-nucléaire. Quand il était encore ministre de l’Economie, il a ainsi activement milité en faveur du développement de la centrale d’Hickley Point. Le Premier ministre a lui été cadre chez Areva – la filiale d’EDF en charge des centrales nucléaires françaises – de 2007 à 2010. Edouard Philippe avait voté contre la loi du 17 août 2015 pour la transition écologique. Adoptée par le Parlement, elle prévoit la réduction du nucléaire dans la production électrique à 50% (contre 76% actuellement) d’ici 2025.

Durant la campagne présidentielle, les porte-paroles d’Emmanuel Macron n’ont cessé de répéter qu’il suivrait cette trajectoire s’il était élu. Mais l’ancien pensionnaire de Bercy a nuancé ces propos : il s’en remettra à l’Autorité de sureté nucléaire, qui n’a pas prévu de se prononcer avant fin 2018…

L’application de cette loi pourrait aussi être menacée par EDF. Détenue à 84% par l’Etat, la firme veut construire de nouvelles centrales d’ici 2030 pour remplacer les installations en fin de vie. Elle semble d’ailleurs déjà embarrassée par la nomination de Nicolas Hulot, qui lui a fait perdre jusqu’à 6 points en bourse hier après-midi…

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Les centrales à charbon

La COP 21 avait acté la fermeture progressive des quatre dernières centrales à charbon françaises, mais Edouard Philippe en a décidé autrement. En 2016, il a convaincu Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement, de revenir sur la date de fermeture de l’usine du Havre, dont il est député-maire depuis 2012. Elle devait fermer en 2023, mais ne cessera finalement ses activités qu’en 2035.

Le Premier ministre avait justifié son choix par la situation des 180 salariés du site :  » Entre l’emploi et l’environnement, je choisirai toujours l’emploi » avait-il confié à Alexis Deck, seul conseiller municipal écologiste de la sous-préfecture des Seines-Maritimes. En fera-t-il autant pour les trois autres sites concernés?

Nicolas Hulot devrait lui opposer un sérieux refus. Interrogé par nos confrères du Monde en octobre 2015, il avait qualifié le charbon « d’ennemi du climat et de l’humanité. » Il y a trois mois, il avait accusé Donald Trump « d’écocide », en référence à sa politique pro-charbon. Le nouveau ministre en charge de la Transition écologique pourrait recevoir le soutien d’Emmanuel Macron dans ce dossier. Pendant sa campagne, l’ancien ministre de l’Economie avait exprimé son intention de fermer tous les sites d’ici 2022.

Le gaz de schiste 

L’exploitation du gaz de schiste par fracturation hydraulique est interdite en France depuis juillet 2011. Cette technique avait été déclarée écologiquement nocive en raison du déversement de certains fluides toxiques dans les nappes phréatiques. Mais en 2012, Edouard Philippe s’était prononcé pour une réouverture du dossier gaz de schiste à l’Assemblée nationale, prônée par le député-maire de Nice Christian Estrosi.

Le sujet pourrait (une fois de plus) être source de tension entre le Premier ministre et Nicolas Hulot s’il venait à être évoqué. L’ancien présentateur d’Ushuaia considère en effet qu’une nouvelle autorisation d’exploitation du gaz de schiste reviendrait à « entrer dans un cercle maudit. »

Une marge de manoeuvre réduite? 

Chez les écologistes, la nomination de Nicolas Hulot divise. Les acteurs politiques l’ont chaleureusement accueillie. Pour Yannick Jadot, député européen, elle représente un « éclaircie dans un gouvernement où beaucoup ont toujours méprisé l’environnement (…) »  tandis que le député François de Rugy évoque « une bonne nouvelle pour tous ceux qui veulent faire avancer l’écologie. »

Mais les ONG se montrent beaucoup plus modérées. Economiste et membre d’ATTAC (Association pour la taxation des transaction financières et l’action citoyenne) , Maxime Combes s’est interrogé « sur les garanties obtenues » par Nicolas Hulot, rappelant que le chef du gouvernement est  » un ex d’Areva, défenseur des centrales à charbon, épinglé par Mediapart sur sa non-transparence. »

Le directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard, a pour sa part déclaré que l’association jugera « sur pièces. »

Contactée par le CFJ, Marine Tondellier, membre du bureau exécutif d’Europe-Ecologie-les-Verts (EELV), a refusé toute spéculation :  » Je n’aime pas cette politique de la boule de cristal. Attendons, nous verrons bien. »

 

 

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