Législatives 2017, Politique

ENQUÊTE. Paris, terre maudite pour le Front national

Les dix-huit candidats investis par le Front national à Paris se lancent dans une bataille que l’on pourrait croire perdue d’avance. Pourquoi la capitale est-elle maudite pour le parti de Marine le Pen ? Comment cela se répercute-t-il sur le profil des candidats investis? Nous vous expliquons tout.

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4,99%. C’est le score de Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle à Paris. Le résultat au second tour est tout aussi faible : 10% des suffrages. Autant dire que les dix-huit candidats frontistes investis à Paris pour les législatives s’engagent dans une bataille difficile. Et cela se ressent dans la composition des listes du FNmélange de profils destinés à séduire l’électorat parisien et de transfuges inévitablement sacrifiés.

Un électorat parisien imperméable aux idées du FN

A Paris, comme dans les grandes métropoles, le FN récolte peu de voix. Aux dernières élections législatives de 2012, le constat était accablant. Selon les données que nous avons compilées, le meilleur score réalisé par le FN était de 7,27%, dans la 10ème circonscription parisienne.

Au premier de la tour de la présidentielle, le vote frontiste n’a dépassé à Paris les 20% que dans les zones où se trouvaient des casernes de gardes républicains. Et plus on s’éloigne du centre-ville, plus le FN récolte des voix. C’est particulièrement visible à l’échelle de l’Ile-de-France. Marine le Pen a ainsi récolté un peu plus de 22% des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle en Seine-et-Marne.

Un écart saisissant donc, entre la capitale et le département le plus périphérique de la région. Il s’explique notamment par le sentiment de déclassement ressenti à mesure que l’on s’éloigne des centres urbains.

Des candidats atypiques

Pour tenter de briser cette malédiction, le FN a misé cette année dans la capitale sur des candidats jeunes et diplômés, à l’image de la population de la ville. Sur les dix-huit candidats investis par le FN, quatorze sont des femmes. Le renouvellement est aussi de rigueur : les candidats actuels ne sont que deux à s’être déjà présentés aux précédentes législatives. Comme Wallerand de Saint Just, l’avocat emblématique du FN, également ancien candidat à la mairie de Paris et aux élections régionales. On trouve enfin beaucoup de jeunes étudiants parmi les têtes de liste présentées par le Front national. Trois des candidats ont moins de 30 ans : Christophe Versini a 28 ans, Manon Bouquin, 24 ans, et enfin Eve Froger, 21 ans. Tous trois sont encore étudiants, et engagés au Front national de la jeunesse.

Beaucoup de « transfuges », issus des rangs des républicains ou même de la gauche, sont présents parmi les têtes de liste du FN à Paris. Le parti aurait-il du mal à trouver des candidats parmi les cadres du parti ? Il les laisse en tout cas se lancer dans une course qu’ils risquent bien de perdre.

Ces candidats étaient auparavant encartés à l’UMP, au MoDem, voire même au NPA. Le plus emblématique d’entre eux, Michel Bulté, se présente ainsi dans la 16ème circonscription de Paris. Le septuagénaire, proche de Jacques Chirac dans les années 1980, a été maire RPR du XIXème en 1994. Mais il fut aussi candidat malheureux aux législatives en 2002 puis en 2007. La première fois sur une liste dissidente de la droite et la seconde sous la bannière du Modem.

Christophe Versini a lui aussi connu un passé militant à l’UMP. Le jeune diplômé en droit a ainsi commencé à militer au sein des Jeunes pop’, avant de rejoindre Marine le Pen en 2015. Selon lui, « Nicolas Sarkozy n’était plus assez à droite ».

La palme du virage à 180° peut toutefois être décernée à Aurélien Legrand, candidat FN dans la 3ème circonscription de Paris. Le professeur d’histoire de 33 ans avait en effet contribué à fonder le Nouveau parti anticapitaliste en 2008. Dans une interview donnée au Point, le souverainiste justifiait ce grand écart en expliquant « qu’il ne supportait pas de voir la gauche  »passer de la défense des sans-travail à la défense des sans-papiers » ».

Pour l’heure, la liste des dix-huit investis à Paris est absente du site internet mis en place par le Front national pour présenter ses candidats aux législatives. Pour rattraper cela, voici la liste de ceux vers qui les regards se porteront le soir du 11 juin.

 

 

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