Actualités, Politique, Présidentielle 2017

Emmanuel Macron veut-il vraiment museler la presse ?

À rebours de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron est bien décidé à gérer ses relations avec la presse d’une main de fer. Au risque d’être accusé de verrouillage… par les principaux intéressés.

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On le disait « le candidat des médias » : Emmanuel Macron s’est pourtant mis à dos un certain nombre de journalistes, une semaine à peine après son investiture. Dans une lettre ouverte adressée au nouveau président de la République, une quinzaine de Sociétés des journalistes (SDJ) lui adressent un message clair : « Monsieur le président, il n’appartient pas à l’Elysée de choisir les journalistes. »

Un premier événement est à l’origine de cette levée de bouclier : l’évacuation des journalistes de la cour de l’Elysée avant la sortie du premier Conseil des ministres jeudi 18 mai, rendant impossible toute image immortalisant la préparation de la traditionnelle photographie du nouveau gouvernement.

Lors du premier point presse organisé à l’issue du Conseil, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner s’est défendu de toute tentative de verrouiller la communication élyséenne. Évoquant une « raison pratique » – la photo a été prise à l’intérieur et non pas dehors comme c’est traditionnellement le cas – il a assuré que les journalistes « retrouveraient leur place habituelle » dès la semaine prochaine.

Des relations déjà tendues 

Mais dans leur lettre ouverte, les signataires évoquent surtout un sujet qui les inquiète toute particulièrement : le fait que l’Elysée puisse décider quelles rédactions, et à l’intérieur de ces dernières quels journalistes, sont autorisés à suivre le président dans ses déplacements. Hugo Clément, journaliste pour l’émission Quotidien, a ainsi signalé que plusieurs médias avaient été empêchés de suivre le voyage d’Emmanuel Macron au Mali.

Les relations entre l’équipe de Yann Barthès et celle d’Emmanuel Macron sont houleuses depuis plusieurs mois. Comme l’a révélé Le Monde, une question du journaliste Paul Larrouturou le soir du premier tour – « La Rotonde, c’est votre Fouquet’s ? » – a déclenché la colère des proches du nouveau président. Depuis, des mesures de rétorsion auraient été prises contre les journalistes de TMC : accès restreint à la présidence, menaces de boycott, pressions.

Rompre avec les vieilles habitudes… y compris pour les médias 

Du côté du camp Macron, on se défend de vouloir censurer la presse. Le nouveau président a certes clairement signifié qu’il serait maître de la communication élyséenne, mais son action s’inscrit avant tout en opposition à François Hollande, particulièrement proche des journalistes durant son quinquennat.

Emmanuel Macron souhaite plus largement rompre avec des habitudes prises depuis une dizaine d’années. Nicolas Sarkozy entretenait lui aussi des liens étroits avec les journalistes, à l’image de cette photo qui avait été très commentée lors de la campagne du candidat.

L’équipe de communication de l’Elysée veut éviter que ce genre de scènes ne se reproduise durant le quinquennat d’Emmanuel Macron. « Vous savez comme moi que la présence de cinquante journalistes nuit un peu au dialogue direct et à l’échange que peut avoir le président de la République avec les Français », a expliqué Christophe Castaner devant les journalistes lors de son point presse pour justifier un nombre réduit d’accréditations.

Concernant le déplacement du chef de l’Etat au Mali, l’Elysée a assuré ne pas avoir cherché à « imposer un journaliste plutôt qu’un autre ». Selon un courrier cité par RSF, la présidence affirme que sa démarche « est le contraire d’une démarche de fermeture : elle est une démarche d’ouverture ». Il y est expliqué que le chef de l’Etat « est très attaché au traitement de fond des sujets et souhaite ouvrir l’Elysée aux journalistes sectoriels (+rubricards+) qui portent sur l’action présidentielle un autre regard. C’est dans cet esprit qu’il a été proposé aux rédactions d’élargir aux journalistes spécialisés Défense ou Diplomatie le voyage officiel auprès des forces armées ».

Toujours selon le courrier cité par RSF, « dans l’organisation du voyage officiel (au Mali), cette préoccupation (d’ouverture) a pu n’être pas assez expliquée, d’où les interprétations et inquiétudes qui sont nées ces derniers jours ».

« Quand les portes se ferment, il faut trouver les fenêtres. »

Interrogé par Marianne, un conseiller d’Emmanuel Macron avait déjà défendu ces explications et annoncé vouloir ouvrir l’accès aux déplacements présidentiels à des journalistes spécialisés selon les thématiques abordées sur le terrain. Jusqu’ici, les rédactions fonctionnaient plutôt avec des journalistes « encartés Elysée », qui suivaient le président dans tous ses déplacements. Ces derniers pourraient ainsi plus difficilement suivre le candidat devenu président.

Si les contours que va prendre la communication élyséenne sont encore un peu flous, il est certain que cette nouvelle façon de fonctionner va bousculer les habitudes de nombreux médias. Mathieu Mangnaudeix, journaliste à Mediapart qui a suivi la campagne d’Emmanuel Macron, anticipe déjà la marche à suivre : « Quand les portes se ferment, il faut trouver les fenêtres. »

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