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DÉCRYPTAGE. 10 000 policiers et gendarmes en plus d’ici 2022, vraiment ?

Menace terroriste, crise migratoire et accueil d’événements mondiaux (COP 21 et Euro 2016), autant de contextes qui nécessitent une importante mobilisation policière et militaire. L’augmentation des effectifs des forces de l’ordre sont régulièrement promises, mais qu’en est-il vraiment ?

 

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Il a promis ce que Nicolas Sarkozy et François Hollande n’ont pas fait ou n’ont pas pu faire.  Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a confirmé ce matin, sur RMC/BFM TV, la création de 10 000 postes de policiers et gendarmes d’ici la fin du quinquennat. C’était la promesse de campagne d’Emmanuel Macron : accélérer le mouvement de recrutement entrepris par François Hollande.

L’ambigüité de la « création » de poste

Des postes, on peut en créer. 10 000, 20 000, 50 000 même. Mais les occuper, c’est une autre histoire. Nicolas Sarkozy avait supprimé près de 12 500 effectifs de police et de gendarmerie dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, qui prévoyait le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux.

Après les attentats de novembre 2015, François Hollande avait annoncé 5 000 créations de postes, en plus des 4 000 promis en 2013. Une manière de recréer les postes supprimés par Nicolas Sarkozy, comme le détaille ce rapport du Sénat.

Pas plus de policiers en 2015 qu’en 2012

Sur la période 2012-2015, 390  postes (110 policiers et 280 gendarmes) ont été créés. Et non pas 4 000. Obstacle à cette promesse de Hollande : le temps entre le recrutement du candidat et sa prise de fonctions. Compter dix-huit mois, de la réussite du concours à la fin de la formation. Donc pas (beaucoup) plus de policiers dans la rue en 2015 qu’en 2012.

Les candidatures affluent pour les concours de police et de gendarmerie, mais les places en écoles sont limitées. Exceptionnellement, 3 000 élèves ont été admis en école de police en 2016 suite aux attentats de novembre 2015, avec l’organisation d’une deuxième session de concours.

Les départs en retraite ralentissent le processus, ce qui explique que l’effectif des forces de l’ordre ait si peu augmenté en 2015. La balance est neutre et les élèves sortants reprennent des postes déjà existants.

Les forces mobiles ont diminué depuis 2010

Certaines catégories de forces de l’ordre connaissent même une baisse d’effectifs. D’après un rapport de la Cour des comptes de février 2017, les forces mobiles de la police et de la gendarmerie nationales (c’est-à-dire les CRS et des escadrons de gendarmerie mobile détachés des unités traditionnelles) ont baissé de 7,5 % entre 2010 et 2015. Ils passent de 27 868 à 25 786 hommes. Il s’agit de la catégorie la plus touchée par la réduction des effectifs de la force publique.

Toujours selon le rapport de la Cour des comptes, les deux tiers de ces postes supprimés seront reconstitués en 2017, ramenant les forces mobiles à 27 173 hommes.

10 000 postes en 5 ans ?

Oui, d’ici cinq ans, 10 000 postes peuvent être créés. Et oui, plus de 10 000 policiers et gendarmes seront formés.Mais ils reprendront des postes déjà existants dus aux départs à la retraite et les 10 000 nouveaux postes ne seront pas forcément pourvus.

C’est possible, mais pas forcément utile. « Ce n’est pas pertinent de regarder la question de la sécurité uniquement à travers le prisme des effectifs » explique à 20 minutes Sebastian Roché, auteur du livre De la police en démocratie. « Le plus important, ce n’est pas le nombre d’agents, mais leur niveau de qualification, de compétence et les moyens dont ils disposent ».

Si Gérard Collomb augmente les effectifs, il faut allouer plus de moyens et assurer la qualité de la formation. Le risque, en voulant recruter plus de forces publiques, c’est de raccourcir le temps de formation en école. Et donc de recruter des policiers ou des gendarmes pas encore prêts pour assurer la sécurité de l’Etat.

Lire aussi:
>> http://ateliers.cfjlab.fr/2017/05/23/gerard-collomb-insiste-sur-la-securisation-des-evenements-culturels-et-sportifs/

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