Gouvernement, Logement, Macron, Politique

REPORTAGE. Les mal-logés dans la rue pour protester contre la disparition du ministère du Logement

Le 17 mai dernier, le secrétaire général de l’Elysée annonçait la composition du nouveau gouvernement. Une surprise de taille : la disparition du ministère du Logement, en place depuis 1967. Inquiète pour l’avenir des mal-logés et des sans-logis, l’association Droit au Logement Paris est descendue dans la rue pour marcher vers ce ministère devenu « fantôme ».

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Samia a des étoiles dans les yeux lorsqu’elle en parle. « Elle s’appelait madame Boutreau, c’était en 1993. Elle m’a choisie comme locataire alors que je n’avais que le RSA. Son mari ne voulait pas parce qu’il disait que j’étais arabe et que je ne paierais pas mon loyer, mais elle m’a fait confiance« . Aujourd’hui, Samia a 52 ans et elle vient de se faire expulser de son appartement. « C’est la deuxième fois en deux mois, je n’en peux plus« . Elle vit à l’Hôtel-Dieu en attendant, faute de mieux. « Dieu merci, je ne suis pas dans la rue ! »

Comme Samia, une centaine de personnes est venue manifester ce mercredi 24 mai à l’appel de l’association Droit au Logement (DAL). A 18 heures pétantes, le cortège quitte la place du Palais-Royal, banderoles et pancartes à la main, pour se diriger vers la rue de Varenne, de l’autre côté de la Seine. C’est là-bas que se trouve le nouveau ministère de la Cohésion des territoires, censé s’occuper des questions de logement. La DAL est sceptique. « Nous sommes inquiets parce que le projet d’Emmanuel Macron est un projet libéral, qui va privilégier la spéculation immobilière au détriment des petits locataires« , explique Simon, la trentaine mal rasé, militant de l’association depuis cinq ans.

Les manifestants rassemblés sur la place du Palais-Royal (1er arrondissement de Paris)

Un pays à deux vitesses

« Qu’est-ce qu’on veut ? Logement ! Pour qui ? Pour tous ! Pour quand ? Tout de suite !« . En tête de cortège, Samia crie dans un mégaphone tout en tenant une banderole où est écrit « Application immédiate de la loi DALO« . Les manifestants présents à ses côtés révèlent une triste réalité : les mal-logés en France sont tous des gens de couleur. « En France, il y a le droit pour les Français et celui pour les étrangers, qui en fait n’ont le droit à rien. C’est un pays à deux vitesses« , s’indigne Mouna, 35 ans, visage poupin drapé dans un voile à motifs floraux.

Créée en 2007, la loi DALO (pour Droit au logement opposable) prévoit normalement le relogement obligatoire pour toutes les personnes mal logées. Dans la réalité, elle ne fonctionne pas, comme l’explique Moukar, 35 ans, qui marche seul au milieu du cortège. « Je suis sur la liste des personnes à reloger en urgence depuis septembre 2014. J’attends toujours. En 2015, j’ai gagné mon procès contre l’État et depuis le préfet me verse 50 euros par jour pour vivre ». Sa situation révèle l’absurdité du système. « 50 euros par jour, ça fait 1500 euros par mois ! A ce prix-là, je pourrais avoir un 80m² pour moi tout seul ! Et après on dit que c’est la crise… »

Ministre fantôme

Dans les rues du très chic 6e arrondissement parisien, le cortège détone. Des mamans en boubou rattrapent leurs enfants qui jouent dans la foule. Des vieux soixante-huitards en sandales sont là pour soutenir la cause, comme Josiane, 66 ans, dégoûtée de la politique. « On est bon qu’à aller se faire gazer dans les manifs‘. A l’avant, Étienne, membre de la télé associative parisienne Télé Bocal, habituée des manifestations, filme les banderoles avec une caméra amateur.

« Y’en a marre des cafards et des souris !« , crie Samia, reprise en chœur par les manifestants. Du haut de leurs balcons et de leurs fenêtres, à 15 mètres au-dessus de la rue grouillante, des riverains observent d’un œil curieux ces dérangeurs qui crient leur désespoir.

Un riverain observe le cortège dans la rue du Bac.

Rue de Varenne, c’est la déception. Impossible de se rendre devant le « ministère fantôme« , la rue est bloquée par une rangée de CRS impassibles. Le président du DAL Jean-Baptiste Eyraut, Baba pour les intimes, prend la parole au micro. Il parle des loyers trop chers, de l’encadrement des loyers qui n’est pas respecté, d’Emmanuel Macron qui ne va rien arranger. « Dans le 93, ça construit partout. On voit tout le temps des grues avec des petites cabanes de promoteurs devant. Quand ils sont là ceux-là, c’est la merde ! »

Immobilisés, les manifestants dansent et chantent sur le rythme d’un djembé. Puis Moukar prend la parole pour raconter son histoire. Au bout d’une demie-heure, Baba s’exprime à nouveau. Il demande au cortège de se disperser. « Vous pouvez retourner au métro par là, mais sur les trottoirs s’il vous plaît« . Personne n’aura vu le ministre fantôme. Mais le rendez-vous est pris pour la semaine prochaine avec Richard Ferrand, le ministre de la Cohésion des territoires.

 

 

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