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Rémi Fraisse et Malik Oussekine : deux bavures très différentes

Le porte-parole de la France Insoumise Alexis Corbière a comparé ce matin la mort du militant Rémi Fraisse en 2014 avec celle de Malik Oussekine en 1986. Deux bavures policières mais deux histoires différentes. En quoi sont-elles comparables?

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Alexis Corbière, porte-parole de la France Insoumise, est revenu ce mercredi sur la polémique qui oppose Jean-Luc Mélenchon à l’ancien premier ministre Bernard Cazeneuve.

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Le candidat malheureux à la présidentielle avait accusé Bernard Cazeneuve – ministre de l’intérieur à l’époque – d’être responsable  de la mort de Rémi Fraisse à Sivens en 2014. Ce jeune militant écologiste avait été tué suite au tir d’une grenade offensive par un gendarme.

Sur France Inter, Alexis Corbière a comparé cette bavure à l’affaire Malik Oussekine, en 1986 (à partir de 45 secondes dans la vidéo ci dessous).

Mais peut-on vraiment comparer les deux affaires?

Rappel des faits

  • La mort de Rémi Fraisse

Dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, Rémi Fraisse, 21 ans, est tué par un tir de grenade offensive à Sivens, dans le Tarn. L’incident a eu lieu pendant une manifestation contre le projet de construction d’un barrage, lors d’affrontements entre activistes et forces de l’ordre.

  • La mort de Malik Oussekine

Le 6 décembre 1986, les étudiants parisiens manifestent contre le projet de réforme du ministre de l’Enseignement supérieur Alain Devaquet. Ils dressent des barricades dans le Quartier Latin, provoquant l’arrivée de la police pour « prendre en chasse » d’éventuels casseurs. Malik Oussekine, étudiant de 21 ans et présent sur les lieux par hasard, est pris pour cible par des policiers. Il meurt sous les coups de pieds et de matraque.

Ce qui différencie les deux affaires

  • La raison des présences sur les lieux : En 1986, Malik Oussekine était présent sur les lieux des manifestations par hasard. Peu politisé, il sortait d’un club de jazz et n’avait rien à voir avec les manifestants. A l’inverse, Rémi Fraisse était présent volontairement sur le chantier du projet de barrage à Sivens. Il manifestait de manière pacifique, au début en tant qu’observateur, avant d’être pris dans les affrontements entre les activistes violents et les gendarmes.
  • Les circonstances du décès : Malik Oussekine a été poursuivit par des “voltigeurs », des policiers montés sur des motos et armés de matraques. Il a ensuite été rattrapé dans un hall d’immeuble, où les policiers l’ont frappé à mort. Malik Oussekine était donc spécifiquement visé. Dans le cas de Rémi Fraisse, c’est une grenade offensive tirée en l’air qui a causé le décès. Le projectile a été lancé de loin et dans le noir. A priori, le gendarme ne visait pas le jeune homme en particulier.
  • Les sanctions contre les forces de l’ordre : Les deux policiers impliqués dans la mort de Malik Oussekine, Jean Schmitt et Christophe Garcia, ont été jugés en 1990. La Cour d’Assises de Paris les a condamné respectivement à 5 et 2 ans de prison avec sursis. Le policier qui a tiré la grenade meurtrière pour Rémi Fraisse n’a pas été placé en examen après son audition mais sous le statut de témoin assisté. L’instruction a pris fin en janvier 2017. Le père du jeune militant, craignant un non-lieu, a déposé deux nouvelles plaintes pour « relancer l’enquête ».
  • Les conséquences politiques : Après la mort de Malik Oussekine, le ministre en charge de la loi qui déchaînait les tensions étudiantes, Alain Devaquet, démissionne.
    Le bataillon des « voltigeurs », dont sont issus les deux policiers condamnés, est dissout. Face aux critiques de la gauche, Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur de l’époque, évoque une « récupération politicienne ».

    Pour Rémi Fraisse, aucune démission ni sanction n’ont été prises, les différentes enquête n’ayant pas montré de responsabilité claire et nette du policier.

    Jean-Luc Mélenchon veut relancer l’affaire en accusant Bernard Cazeneuve d’être responsable du drame. Ce dernier a annoncé vouloir porter plainte contre le leader de la France Insoumise.

 

 

 

 

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