Factcheck, Travail

FACT CHECK. Des travailleurs détachés sur les chantiers navals de Saint-Nazaire ?

Le paquebot géant Meraviglia a quitté Saint-Nazaire le 1er juin. Invitée de la matinale d’Europe1, Marine Le Pen accuse le nouvel actionnaire des chantiers navals d’employer des travailleurs détachés.

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Le fierté de Saint-Nazaire pouvait être observé depuis n’importe où dans la ville. Le paquebot MSC Meraviglia a pris la mer jeudi 1er juin. Ce chantier à 4,5 milliards d’euros fait travailler 2 600 employés et 5 000 de plus, venus d’entreprises sous-traitantes.

Les chantiers navals de Saint-Nazaire ont été rachetés le 19 mai, par l’opérateur italien Fincantieri à son actionnaire actuel, STX Europe AS. Une opération qui suscite la critique du Front national.

  • « Fincantieri fait appel massivement aux travailleurs détachés« , condamne Marine Le Pen :

La question de la main-d’oeuvre étrangère reste un sujet récurrent pour les politiques frontistes, et ce bien avant l’arrivée de Fincantieri. C’est un point sur lequel Marine Le Pen a fait grand cas pendant la campagne présidentielle.

« Non, cela ne va pas mieux qu’avant à Saint-Nazaire », pouvait-on lire dans un communiqué du FN. « Le travail détaché pèse toujours d’un poids écrasant sur les salaires, les garanties sociales et le moral d’ouvriers français quotidiennement mis en concurrence avec les ouvriers d’autres pays. »

Pour rappel, un travailleur détaché est une personne issue d’un pays membre de l’UE, chargé par son employeur d’exercer ses fonctions dans un autre pays de l’UE, pour une durée déterminée.

  • Pourquoi c’est vrai ?

Lors d’une rencontre avec les syndicats de la CGT à Saint-Nazaire, la direction de Fincantieri a indiqué utiliser à 65% le travail détaché sur ses chantiers. Une situation jugée inacceptable par l’organisation syndicale :

« Fincantieri peut tout à fait accentuer la politique de précarisation des emplois entamée depuis plusieurs années par la direction d’Alstom, Aker et STX, y compris avec l’aval de l’Etat français, actionnaire à 33%. »

Une situation n’est donc pas nouvelle. Laurent Castaing, le directeur général de STX France, l’ancien actionnaire des chantiers, a précisé lors d’un entretien aux Echos qu’invariablement, la main-d’oeuvre étrangère culminait à 25 ou 30 % lors des pics d’activité. Ce qui représente près de 1 500 à 2 000 personnes sur 6 000 salariés de STX France et les sous-traitants.

Marine Le Pen dit donc vrai. D’autant plus qu’avec un taux de chômage de 10% à Saint-Nazaire – supérieur d’un point à celui de la région – la préoccupation est bien réelle dans la ville.

  • Un dossier pourtant mal maîtrisé

S’il est exact que la société Fincantieri est connue pour employer des travailleurs détachés, Marine Le Pen a pourtant multiplié les approximations sur ce dossier lors des débats présidentiels, d’après le Monde.

« Vous avez vendu les Chantiers de l’Atlantique aux Italiens. »

FAUX : Le changement d’actionnaire dans les chantiers navals de Saint-Nazaire est en réalité une opération financière privée. Lorsque l’ancien propriétaire des Chantiers de l’Atlantique, le groupe sud-coréen STX, a été placé en redressement judiciaire en 2016, une seule offre de reprise a été formulée. Celle de l’opérateur italien Fincantieri. Emmanuel Macron n’était d’ailleurs plus ministre lorsque le gouvernement a annoncé avoir donné son accord de principe à la reprise de ces chantiers.

« Vous avez refusé de supprimer la directive de détachement des travailleurs. 300 000 à 500 000 emplois ne sont pas accessibles aujourd’hui à nos compatriotes français, car ils sont remplis par des travailleurs détachés. »

FAUX : Si la France est l’un des pays de l’Union européenne qui accueille le plus de travailleurs détachés étrangers, leur nombre officiel est presque deux fois inférieur à celui avancé par Marine Le Pen. Il s’élevait à 285 025 en 2015, selon la Commission nationale de lutte contre le travail illégal (CNLTI). Le détachement concerne d’ailleurs « une période limitée », comme le définit la directive européenne, qui contrôle le travail détaché. Limite fixée, pour l’instant, à vingt-quatre mois.

Lors du débat du 1er tour, Jean-Luc Mélanchon s’était d’ailleurs amusé de l’invective de Marine Le Pen contre cette directive, alors qu’elle s’était elle-même abstenue lors du vote.

  • Pourquoi Marine Le Pen n’a pas le monopole du dossier ?

Présent à Saint-Nazaire pour inaugurer le départ du paquebot Miraviglia, Emmanuel Macron en a profité pour évoquer également la situation des travailleurs détachés. S’il ne souhaite pas suspendre l’application de ce texte, contrairement à Marine Le Pen, Emmanuel Macron a préconisé de « renforcer les contrôles ».

« Le travail détaché, quand il est encadré et conforme au droit européen, (…) Mais lorsqu’il en vient à contourner la loi, à utiliser des salariés payés la moitié ou le tiers de ce qu’un salarié français touche pour effectuer le même travail, ça n’est pas l’esprit de l’Europe », a déclaré M. Macron en direction des salariés du chantier naval le 30 mai 2017.

Un accord pour refonder la directive européenne devrait d’ailleurs être conclu le 15 juin prochain afin de réduire à un an la durée autorisée de séjour de ces travailleurs.

LIRE AUSSI >> Vents favorables pour les chantiers navals de Saint-Nazaire

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