Défense, France

Service national: de l’adieu au retour des armes

Cheval de bataille renouant avec la tradition de défense abrogée par Chirac, le service national tient à cœur au nouveau président Emmanuel Macron. Aujourd’hui le service civique reste facultatif. Retour sur le dispositif français du service civique et son application chez nos voisins européens.

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Dans son projet de campagne Emmanuel Macron veut rendre le service civique obligatoire pour tous les jeunes entre 18 et 21 ans pour une durée minimum d’un mois. Rebaptisé « service national », le temps de mobilisation du service « en armes » d’autrefois serait considérablement réduit. Sa réforme concernerait six cent mille jeunes par an. Les enjeux : leurs transmettre « une formation militaire élémentaire : discipline et autorité, connaissance des priorités stratégiques du pays, activités physiques et sportives, indique le journal le Monde. Les citoyens ne souhaitant pas toucher à une arme n’en auront pas l’obligation. »

Le coût de cette mesure chérie par le président de la République n’est pas insignifiant : 1,5 milliard d’euros voire 2,2 milliards selon Challenges! L’organisation d’un dispositif à l’échelle nationale mobiliserait quinze mille militaires, d’après les décodeurs du Monde.

Depuis l’entrée en fonctions du nouveau gouvernement, le projet n’a pas été davantage affiné. Les modalités restent encore floues, elles seront précisées d’ici  « la fin 2017 »  a indiqué le nouveau président dans son discours sur la Défense. « Chaque jeune Français ira ainsi à la rencontre de ses concitoyens, fera l’expérience de la mixité sociale et de la cohésion républicaine durant un mois », espère-t-il.

Dans la continuité de François Hollande

Déjà pendant son mandat, François Hollande voulait étendre le service civique créé en 2010 par Martin Hirsch « pour renforcer la cohésion nationale « . Et surtout, pour pallier au retrait en 1997 par Jacques Chirac du service militaire. En 2017, le service civique concerne 150 000 jeunes, ni salariés ni bénévoles qui s’engagent pour 6 à 12 mois dans des missions culturelles, solidaires ou environnementales. Les jeunes ont entre 16 et 25 ans et peuvent travailler sans condition de diplôme en France ou à l’Etranger dans ce cadre-là.

Conçu comme une opportunité de césure étudiante ou professionnelle, il est censé permettre à ses exécutants de « recevoir et de transmettre le sens des valeurs républicaines et de contribuer au renforcement du lien social, » selon le site officiel. Le seul « rendez-vous citoyen » obligatoire depuis la suppression du service militaire est la Journée d’appel à la défense (JAPD) rebaptisée Journée défense et citoyenneté (JDC). Au cours de cette mini formation, les lycéens écoutent des militaires présenter les différents métiers de l’armée, les différents services civiques, font des tests d’alphabétisation et ont un petit cours de secourisme.

Le service militaire en Europe : on en est où ?

Alors qu’en 2015 une enquête d’Ifop révélait que 80% des Français étaient favorables au retour du service militaire ou civil obligatoire, nos voisins sont de plus en plus nombreux, eux à s’en défaire également. Quand chez nous, il a disparu en 1997, en Allemagne, le Bundestag l’a rendu facultatif en 2011. Avec le traumatisme de la seconde guerre mondiale, les jeunes allemands pouvaient choisir entre le service militaire et le service civil. Mais il était obligatoire d’accomplir l’un des deux à sa majorité. Le service actuel est non seulement destiné aux jeunes entre 16 et 27 ans, mais les citoyens ayant fini leurs études peuvent s’engager pour faire des missions civiles fédérales.

En Italie, depuis 1972 le service militaire n’était plus obligatoire et pouvait être remplacé pour les pacifistes par le service civil. Mais depuis les années 2000, cette alternative non-violente séduit de moins en moins à tel point que Mateo Renzi a failli le supprimer en 2013 avant de le ressusciter en 2014 ! D’ailleurs le budget de Rome alloué aux programmes du service civil a chuté de façon radicale passant de 400 à 100 millions. Pour les volontaires, il s’agit à l’image du service civique français d’une forme de contrat à mi-chemin entre bénévolat et salariat qui leur permet en temps de lourde crise économique de gagner quatre cents euros par mois.

En Europe, les résistants qui maintiennent le service militaire sont de moins en moins nombreux. Il ne reste que la Suisse, la Norvège, la Finlande, le Danemark, l’Autriche, l’Estonie, la Grèce et Chypre.

 

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