Politique

PMA : Quand Edouard Philippe était « résolument contre »

Le premier ministre s’apprête-t-il à défendre une loi à laquelle il s’était opposé en 2013 ? Questionné sur la PMA, une des promesses d’Emmanuel Macron, Edouard Philippe a tenté d’expliquer ce jeudi soir sur France 2 que sa position avait « évolué ».

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Dans l’Emission Politique de ce jeudi soir face à Léa Salamé, le premier ministre Edouard Philippe a été mis face à ses contractions au sujet de l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA). L’un des climax de la soirée a été atteint lors de la confrontation entre le premier ministre et le père de la fécondation in vitro, Jacques Testard. Questionné sur la proposition d’Emmanuel Macron d’autoriser la PMA aux femmes seules et homosexuelles aux termes d’un débat public prévu en 2018, Edouard Philippe a été renvoyé à ses prises de positions passées sur le sujet. Notamment en 2013, où il s’était présenté comme « résolument » contre la PMA et la GPA.

« Nous nous opposerons résolument à la PMA pour les couples homosexuels féminins », avait-il déclaré dans une tribune cosignée avec Nathalie Kosciusko-Morizet en 2013, en plein débat parlementaire sur le mariage pour tous. Celui qui était alors maire du Havre s’était déclaré en faveur de l’abstention lors du vote de la loi autorisant le mariage des couples homosexuels : « Voter oui donnerait un blanc seing au gouvernement. Voter oui viendrait encourager le gouvernement à poursuivre sur une voie dont il a déjà indiqué qu’elle le conduirait jusqu’à la PMA (…) et à la GPA qui, au nom de l’égalité, ne manquera pas d’être réclamée par la suite. »

Jeudi soir dans l’Emission Politique, confronté au professeur Testard, pionnier en matière de fécondation in vitro et farouche opposant à l’extension de la PMA aux femmes lesbiennes et célibataires, Edouard Philippe a expliqué avoir évolué sur la question : « J’évolue parce que je rencontre, soit des couples féminins, soit des femmes célibataires, qui ont parfois eu recours à cette technique, en Belgique, en Espagne… Je ne dis pas, encore une fois, que c’est bien. Mais je vois ce que ça suscite, je vois ce que ça permet. Je ne vois pas ce que ça enlève mais je suis tout à fait prêt à en discuter. » Les couples de femmes peuvent en effet bénéficier légalement de la PMA dans ces deux pays, alors que cette aide médicale, très réglementée dans l’Hexagone, est réservée aux femmes hétérosexuelles, en couple depuis au moins deux ans et qui ont des problèmes d’infertilité.

Expliquant sa position, le premier ministre en a profité pour tâcler les décisions politiques de ses anciens collègues de Les Républicains : « Toute la société évolue. Je ne sais pas si je suis plus confus que Laurent Wauquiez quand il dit ‘jamais nous n’autoriserons le mariage pour tous et s’il arrivait, nous le supprimerions le moment venu’, alors qu’aujourd’hui il dit ‘non on le supprimera pas »

Une position qui reste confuse

Toute la question est de savoir si, en tant que chef du gouvernement, Edouard Philippe consentirait à proposer et défendre une loi à laquelle il ne croit pas. Aux questionnements du biologiste Jacques Testard et de la présentatrice Léa Salamé, il déclare après de longues reformulations et hors sujets : « Sur les questions d’éthique, je m’interroge et je chemine, et je chemine à mon rythme et je ne vois pas ce qu’il y a de confus en la matière. » Pour connaître la position d’Édouard Philippe sur la PMA, il faudra donc attendre la fin de son cheminement intérieur.

Alors, confus, notre Premier ministre? Son malaise sur la question s’exprime aussi via son discours de politique générale prononcé le 4 juillet 2017, quand il avait pris soin de ne pas mentionner la PMA, pourtant promesse d’Emmanuel Macron, tout en s’arrêtant sur le prix du tabac et la réforme du bac… Le verdict du Comité Consultatif National d’Éthique (CCNE), attendu depuis quatre ans, avait pourtant été rendu une semaine avant « en faveur de la procréation médicale assistée (PMA) pour les couples de femmes et aux femmes célibataires. »

La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa a annoncé en le 16 septembre sur France 3 que le débat sur la PMA aurait lieu « a priori fin 2018 », à l’occasion des états généraux de la bioéthique.

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