Pauvreté, social

ATD Quart Monde : « Lutter contre la pauvreté profite à toute la société »

Le 17 octobre se tient la Journée internationale du refus de la misère, à l’initiative de l’organisation ATD (Agir Tous pour la Dignité) Quart Monde. Jean-Christophe Sarrot, coordinateur de la mobilisation et de la communication d’ATD Quart Monde, déplore le regard négatif sur la pauvreté encore prégnant aujourd’hui.

 

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Pourquoi ATD Quart Monde a créé la Journée internationale du refus de la misère?

L’idée de la journée est de donner la parole aux premiers concernés, qui vivent au quotidien dans la pauvreté. Si l’expérience de ces gens est écoutée, on pourra faire évoluer la société vers quelque chose de plus vivable pour tout le monde.

 

Quels sont les principaux temps forts de la journée ?

L’école, le logement, la santé, la culture, la citoyenneté seront les problématiques abordées aujourd’hui. Il y aura des rassemblements, notamment à Paris au Trocadéro à 18h et un peu partout dans le monde,dont à l’ONU. C’est également à travers l’art et la culture qu’on peut mobiliser toute la société. Un grand concert, “Agir en scène”, se tiendra à L’Olympia à 20h30. Cela s’inscrit dans les objectifs de l’association qui fête ses 60 ans cette année.

 

Selon les chiffres publiés aujourd’hui par l’Insee, la pauvreté serait en recul. C’est également ce que vous observez chez ATD Quart Monde ?

Si les chiffres de l’Insee indiquent que le taux de pauvreté global a un peu réduit, c’est que les gens qui se situent proches du seuil de pauvreté (60% du revenu médian) sont passés juste au-dessus. C’est ce qu’on peut appeler de l’écrémage, et ce n’est pas forcément significatif. Surtout lorsque l’on sait qu’entre 2000 et 2014, le nombre de personnes sous le seuil de très grande pauvreté (40% du revenu médian) a augmenté de 43%.

 

Les seuils ne sont donc pas assez pertinents pour estimer la pauvreté? 

Le problème des seuils uniquement monétaires est qu’ils n’intègrent pas la dimension de honte et d’exclusion sociale. Quand on est pauvre, le regard de la société est globalement négatif : on est considéré comme responsable de sa situation ou incapable d’en sortir. Cela mène au repli sur soi et cela a des conséquences psychologiques et physiques. On a lancé avec l’Université d’Oxford un grand chantier de réflexion dans une demi-douzaine de pays pour élaborer des nouveaux indicateurs prenant en compte la dimension de honte. Ils seront proposés à la Banque mondiale d’ici quatre ans.

 

La Journée internationale du refus de la misère a aujourd’hui trente ans. Comment évaluez-vous les actions depuis sa création ?

On peut déjà noter que la Journée est devenue un repère, notamment pour les hommes politiques. On le voit bien avec le président Emmanuel Macron, qui lance à cette occasion une concertation sur son plan de lutte contre la pauvreté. Au niveau associatif, plusieurs organismes comme Médecins du monde choisissent aussi ce jour pour publier leur rapport annuel. Tous les gens en situation de pauvreté et de précarité retrouvent une existence et une fierté à travers l’existence de cette journée. Plus généralement, l’association a réussi à faire reconnaître que l’exclusion existe aussi en France. Il y a 30 ou 40 ans, tout le monde pensait que la pauvreté se cantonnait aux pays pauvres. Et pourtant, la pauvreté en France, c’est 14% de la population ! Un chiffre énorme pour un pays riche.

 

Depuis vos soixante années d’existence, avez-vous remarqué un changement de regard sur la pauvreté ?

Il est difficile d’évaluer l’influence exacte de nos actions, car les changements de mentalité prennent du temps. On peut noter que la solidarité est très forte chez les personnes en situation de précarité : ils hébergent le plus, en proportion, de personnes sans domicile (600 000 selon les chiffres de la Fondation Abbé Pierre). Mais à l’échelle de la société toute entière, le regard se durcit sur les personnes en précarité. Nous devons convaincre que la lutte contre la pauvreté n’est pas une dépense supplémentaire : c’est un investissement qui va rapporter à toute la société, à la fois au niveau humain et au niveau financier, et qui ne profite pas seulement aux pauvres .

 

À lire également: La pauvreté baisse en France, selon l’INSEE

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