Violences sexuelles

Harcèlement de rue : « Les harceleurs pourraient déjà être poursuivis »

Marlène Schiappa, la secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les hommes et les femmes, a préconisé lundi de verbaliser le harcèlement de rue. Pour Hugues de Poncins, avocat spécialiste en droit social, il faut plutôt miser sur la prévention, notamment dans les écoles.

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La proposition de Marlène Schiappa qui consiste à sanctionner le harcèlement de rue par des contraventions vous semble-t-elle pertinente ?

Cette mesure ressemble à un effet d’annonce. Dès qu’il y a un problème en France, les réponses gouvernementales consistent à essayer de faire adopter une nouvelle loi, à créer de nouvelles infractions, alors même que l’on a un dispositif légal extrêmement lourd qui couvre ces problématiques. Les harceleurs dans la rue pourraient en réalité déjà être poursuivis. Nous avons un code pénal très complet. Des infractions pourraient correspondre à ce type de délit : les insultes existent déjà, les insultes sexistes aussi.

 

Pourquoi les textes existants ne sont-ils pas appliqués ?

Aujourd’hui, une femme qui porte plainte pour injures sexistes risque de se faire dire par la police : « nous avons des problèmes plus importants à régler » ou « nous n’avons pas l’identité des personnes ». Il faudrait que les plaintes soient réellement prises en compte. Il y a également un problème de manque d’effectif, qui empêche les policiers de prévenir et de sanctionner ces très nombreux écarts de comportements. Il faut donner la liberté aux citoyennes et aux citoyens de pouvoir porter plainte.

Cela passe enfin par un effort de la justice, qui devrait donner suite aux affaires de harcèlement. Aujourd’hui, le harcèlement de rue n’entraîne pas toujours des poursuites. Quand il y en a, les affaires sont systématiquement classées sans suite. Ça n’est pas normal.

 

Marlène Schiappa estime que cette loi pourrait avoir une dimension pédagogique en permettant « l’abaissement de notre seuil de tolérance à ces phénomènes ». Est-ce réellement efficace ?

Le harcèlement de rue est un problème culturel, de société. C’est pourquoi il faut privilégier la prévention. Cela passe par l’enseignement aux jeunes, dans les écoles, à avoir des comportements en adéquation avec la vie en société. La solution ne peut pas être que d’ordre législatif. On ne fait que déplacer le problème. Les lois permettent dans un premier temps de sensibiliser les acteurs publics de manière officielle, mais sur le long terme, je ne suis pas persuadé qu’elles parviendront à régler le problème.

 

Illustration : Image tirée de la bande-annonce d' »Inégalité des chances », un court-métrage de Geneviève Delouche

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