La semaine sociale, Travail

Réformes sociales : « Les consultations ont le mérite de clarifier les désaccords »

Edouard Philippe et Muriel Pénicaud reçoivent, cette semaine, les leaders syndicaux et patronaux, dans le cadre de la réforme de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’assurance chômage. Pour Eric Ferreres, consultant en négociations et relations sociales, ancien responsable de la CGT cheminots à Toulouse, les consultations permettent de confronter des points de vue divergents.

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Quel est l’objectif des entretiens entre l’exécutif et les partenaires sociaux, qui se tiennent jusqu’à jeudi ?

Nous sommes au temps zéro de la réforme de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’assurance-chômage. Après Emmanuel Macron la semaine dernière, le Premier ministre et la ministre du Travail, Edouard Philippe et Muriel Pénicaud, rencontrent les dirigeants des différentes organisations syndicales et patronales à Matignon. C’est une phase de consultation. L’exécutif présente le cap, les grandes lignes de la réforme. Il recueille aussi l’état d’esprit des uns et des autres. Chaque organisation arrive avec sa vision, sur la forme et sur le fond.

Philippe Martinez, le patron de la CGT, considère que les consultations sont de la « communication » gouvernementale. Qu’en pensez-vous ?

Les consultations ont le mérite de clarifier les désaccords, de confronter des visions politiques et stratégiques divergentes sur un même dossier. Chacun indique sa ligne jaune, sa ligne rouge, ses casus belli. Le ton est ferme mais courtois. On n’est pas dans l’invective, comme sur un plateau télé ou à l’Assemblée nationale. Les consultations ont une utilité si elles se traduisent par une concertation ou une négociation (1). Par contre, si l’exécutif a déjà écrit le projet de loi et ne souhaite pas le modifier, c’est de la communication, de l’enfumage. Il ne faut pas sous-estimer la méthode employée par le gouvernement. Dans le social, la forme est aussi importante que le fond.

La méthode utilisée par le gouvernement actuel diffère-t-elle de celle employée par ses prédécesseurs ?

Indéniablement, il y a une rupture depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Nicolas Sarkozy organisait ce qu’il appelait des conférences sociales. Il échangeait avec les organisations syndicales et patronales lors de grand-messes, à l’Elysée. Français Hollande faisait de même. Emmanuel Macron, lui, traite en bilatéral, organisation par organisation. Cela a le mérite de dépassionner les échanges. Les partenaires sociaux ne se positionnent plus les uns par rapport aux autres. Ils se concentrent sur le contenu même de la réforme. Avec cette méthode, le gouvernement divise aussi les syndicats et évite une opposition commune.

(1) Lors d’une concertation, les partenaires sociaux approfondissent le dossier, point par point. Lors d’une négociation, ils s’entendent sur un accord national interprofessionnel soumis au Parlement.

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