La semaine sociale, Police

Aux origines de la police de sécurité quotidienne de Macron

Emmanuel Macron présente ce mercredi sa réforme pour une police de sécurité quotidienne, considérée comme une nouvelle version de la police de proximité. Retour sur cette réforme de la police qui n’a pas fait long feu.

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Dans son programme présidentiel, Emmanuel Macron s’était engagé à créer une « police de sécurité quotidienne » qui « développera une connaissance approfondie des lieux et des habitants » et « sera chargée de protéger et d’entendre ». Désormais Président, il présente aujourd’hui son projet de réforme devant les forces de l’ordre. L’occasion de revenir sur la police de proximité telle qu’elle a été appliquée en France de 1998 à 2003.

Cette police est créée par le Premier ministre socialiste Lionel Jospin, dans un contexte de cohabitation. Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Intérieur, se retrouve aux manettes de la réforme qui divise au sein de la police.

 

La proximité comme prévention

Le but de la police de proximité était d’agir en amont pour prévenir la délinquance, en instaurant un lien de proximité avec les habitants. Dans les faits, des jeunes policiers tout juste sortis d’école de police ont été affectés aux rangs de la police de proximité, qui dépendait de la police nationale.

Pour leur venir en aide, des adjoints de sécurité ont été embauchés. Ni policiers, ni éducateurs ou travailleurs sociaux, ils ont été recrutés en priorité dans les quartiers difficiles. Après deux mois de formation, ils jouaient le rôle d’auxiliaires de police pour pacifier les relations entre les citoyens et les forces de l’ordre. Pour renforcer l’aspect « proximité », les policiers patrouillaient à pied.

Parfois appelée « police de quartier », la police de proximité a été mise en place en plusieurs temps. Les cinq circonscriptions pilotes en mars 1999 étaient Châteauroux, Garges-lès-Gonesse, Beauvais, les Ulis et Nîmes. Début 2000, Rouen, Lille Montpellier, Grenoble et Dijon ont rejoint l’expérimentation. À Paris, une structure de police urbaine de « proximité » a été créée dans chaque arrondissement. Au total, 59 sites d’expérimentation ont été délimités, la plupart situés dans les quartiers difficiles des grandes villes.

La logique de prévention a été considérée comme de l’angélisme par beaucoup de policiers qui lui préféraient la répression. Pourtant, selon les chiffres de la sécurité publiés en 2001, les villes ayant mis en place la police de proximité ont connu les meilleurs chiffres de baisse de la délinquance.

Le retour de la logique de répression

En 2002, toujours sous la présidence Chirac, le gouvernement repasse à droite. Nicolas Sarkozy est nommé ministre de l’Intérieur. En charge de la police, il supprime de manière remarquée la police de proximité en 2003.

« Organiser un match de rugby pour les jeunes du quartier, c’est bien, mais ce n’est pas la mission première de la police », déclare-t-il devant le chef de la police toulousaine, après avoir rappelé que la police devait se concentrer sur « l’interpellation, la lutte contre la délinquance, et l’investigation ».

Un rapport réalisé en 2001 par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) faisait état d’une « réussite partielle » de la police de proximité. Surtout, le rapport soulevait le manque d’adhésion des policiers mobilisés qui se sentaient « seuls » et réclamaient leur « sécurisation ». Cependant, pour des syndicats de police tels que l’Unsa Police, rapprocher la police de la population était une bonne mesure.

 

La « pol prox » existe toujours

En réalité, la police de proximité n’a pas totalement disparu. La Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), créé en 2009, reprend les missions de la police de proximité. Déployée à Paris et dans les départements des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, cette police du quotidien est chargée de prévenir la délinquance.

Gérard Collomb a annoncé le déploiement des premières unités de police de sécurité quotidienne en 2018. Emmanuel Macron devrait en préciser les modalités cet après-midi.

 

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