Harcèlement, Violences sexuelles

#BalanceTonPorc : « J’ai réalisé que j’étais complice en ne disant rien»

Le lancement de #BalanceTonPorc, la semaine dernière sur Twitter, a libéré la parole des femmes au sujet du harcèlement et des agressions sexuelles. Si on assiste à une véritable prise de conscience autour de ces phénomènes, un changement dans la société serait long à venir.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookEmail this to someone

« #BalanceTonPorc !! Toi aussi raconte en donnant le nom et les détails d’un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot.» L’appel lancé le 13 octobre sur Twitter par la journaliste Sandra Muller n’a pas été une bouteille à la mer. Depuis vendredi, #BalanceTonPorc a été repris 340 000 fois. Des milliers de témoignages de femmes victimes de harcèlement ou d’agressions sexuelles sont partagés.

Léna, 21 ans, a publié huit témoignages sur son compte Twitter. Impuissante face à un homme, alors que des témoins n’avaient pas réagi, elle n’a jamais parlé de ce qui lui était arrivé.

« Tout le monde le savait, et personne ne disait rien. Donc je ne voyais pas l’intérêt d’en parler. Qu’est-ce que je pouvais faire à mon niveau si même les personnes d’autorité n’agissaient pas ? », se demande l’étudiante en droit.

Un sentiment d’impuissance qui tire même à la résignation pour Audrey, illustratrice de 35 ans. « Depuis toutes petites, on se conditionne à se dire qu’il y a tellement de harcèlement et d’agressions qu’on est résignées face à ça » analyse-t-elle, amère. Elle aussi a partagé ses multiples expériences sur son compte Twitter.

Prise de conscience

La multiplication des témoignages a provoqué une prise de conscience autour du harcèlement sexuel. « On n’a pas envie de faire un étalage glauque, même si les situations racontées le sont, mais ça fait bouger les choses au niveau individuel », estime Audrey. « Je me rends compte qu’il y a un changement chez mes copains. Ils réalisent ce qu’il se passe autour d’eux », ajoute-t-elle.

Laura, 23 ans, avait jusqu’à présent trop honte de ce qui lui était arrivé pour parler. « J’avais peur qu’on me dise que c’était de ma faute, que je l’avais bien cherché. C’est fou quand même, c’est moi qui me suis fait agresser et c’est moi qui ai honte », explique l’étudiante en théâtre.

Elle a profité de l’engouement autour de #BalanceTonPorc pour alerter sur la banalité du harcèlement et des agressions sexuelles. « J’ai réalisé que j’étais complice de la banalisation des agressions sexuelles en ne disant rien».

Mais le partage des témoignages s’accompagne aussi d’un flot de jugements par les internautes qui agace Laura. « Trop de gens se sentent légitimes pour donner des conseils. Ils sont dans le jugement et le « tu aurais dû faire ça, tu devrais faire ça » ». Selon elle, cette attitude pourrait faire passer l’envie à d’autres femmes de témoigner.

« Ça ne changera pas directement ma vie »

Si le hashtag a été très repris sur Twitter, toutes restent prudentes pour la suite. Pas sûr, en effet, que #BalanceTonPorc entraîne un grand changement dans la manière dont sont traitées les femmes en entreprise, à l’école ou dans la rue. « Sur Twitter, on a un impact sur les consciences, analyse Léna. Maintenant, il faut avoir un impact sur toute la société. Mais je pense que ça ne va pas se faire du jour au lendemain, ça ne changera pas directement ma vie. »

Ce changement se fera petit à petit, en suivant la prise de conscience et l’évolution des mentalités individuelles, d’après Laura. « Je ne suis pas sûre que les choses changent globalement grâce à #BalanceTonPorc. L’important, c’est que chaque femme en parle autour d’elle et implique les hommes qu’elle connaît. Les grandes lois et les grandes mesures ne changeront rien, je pense que de toute façon on est équipés au niveau législatif. Non, il faut que les mentalités de chacun, garçons comme filles, changent. »

Prochaine étape pour dénoncer le harcèlement sexuel : réussir à mobiliser hors des réseaux sociaux. À Paris, un rassemblement est prévu Place de la République le 29 octobre. Jeudi midi, 460 internautes avaient indiqué leur volonté d’y participer sur Facebook, et 4600 personnes s’étaient déclarées intéressées. Libérée sur Internet, la parole doit à présent conquérir la rue.

Illustration : ©Twitter

Tweet about this on TwitterShare on FacebookEmail this to someone