Famille, Tendances

« En 1950, on disait déjà que la mode était aux prénoms anciens »

L’Officiel des prénoms 2017 a été publié ce jeudi 19 octobre. Pour Baptiste Coulmont, sociologue à l’université Paris-VIII, spécialiste des prénoms, les choix des parents sont motivés par un souci d’esthétique plus qu’une volonté de référence religieuse ou familiale.

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CFJ : D’après le Parisien, qui révélait mercredi le top 10 des prénoms les plus donnés en 2017, on observe un retour des prénoms anciens. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Baptiste Coulmont : Le retour aux prénoms anciens est constant. Si vous ouvriez un journal en 1980 ou en 1950, on vous disait déjà que la mode était aux prénoms anciens. On n’appelle pas son enfant Christian ou Philippe car ces appellations ont été utilisées il y a une ou deux générations et renvoient à de vieilles personnes. Le prénom Nicolas, très donné dans les années 70, sonnait à l’époque comme un prénom médiéval, qui évoquait Saint Nicolas. Aujourd’hui, ce prénom ne paraît plus si vieux. Les vieux prénoms aujourd’hui en circulation, comme Jules ou Louis, sont réutilisés depuis que la majorité des personnes nommées de la sorte est décédée. Ils ne sont plus associés à l’image de l’oncle qui pique ou du grand-père bedonnant.

 

Certains prénoms bibliques, comme Noé et Gabriel, reviennent aussi. Pourquoi?

Si les gens puisaient vraiment les prénoms de leurs enfants dans la Bible, on trouverait des Japhet, Ephron, Ashshur ou Arpakshad… Or, ce ne sont pas des prénoms que l’on donne. La référence n’est donc pas la Bible. Les prénoms qui sont utilisés ne sont choisis que parce qu’ils sont jolis. Les parents choisissent aussi des prénoms pour démontrer leur créativité et leur bon-goût. On donne souvent des prénoms en terminaison en « a » pour les filles. On observe aussi un rétrécissement de la longueur des prénoms depuis les années 60. Le nombre moyen de lettre diminue. Les prénoms qui terminent en « ette » comme Lucette ou Mauricette tendent quant à eux à disparaître.

 

Observe-t-on des disparités géographiques ou sociales dans le choix des prénoms ?

Disparité géographique, non, en dehors d’un microcosme parisien et de certaines régions comme la Bretagne ou le Pays Basque, où le nom joue comme un marqueur identitaire. Les parents cherchent surtout à se distinguer de certains milieux sociaux. On observe un « marché des prénoms ». Après la Seconde guerre mondiale, les classes populaires ont par exemple puisé dans des prénoms celtes et anglo-saxons pour se différencier de la bourgeoisie. Aujourd’hui, les prénoms de la grande bourgeoisie parisienne – comme Quitterie ou Guillemette – ne dépassent pas le XVIIe arrondissement. Alicie, Aymard ou Foulques sont souvent suivis d’un nom à particule. Mais ces prénoms restent très rares. Avec 1500 prénoms, on nomme 80% des bébés.

Illustration : ©PublicDomainPictures / Pixabay

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