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Les prérequis pour entrer à l’université font débat

Après trois mois de concertations, les principaux acteurs de l’enseignement supérieur remettent jeudi leurs propositions à la ministre Frédérique Vidal. Au cœur des débats, le projet du gouvernement de soumettre l’entrée à l’université à des « prérequis ».

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Syndicats étudiants, représentants des universités, fédérations de parents d’élèves… Pendant trois mois, ils se sont réunis en onze commissions pour discuter de la réforme du bac et de l’entrée à l’université. Jeudi, ils remettent le résultat de leurs conclusions à la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal. La question des « prérequis » à l’entrée à l’université, considérés par certains comme une forme de sélection, divise.

Le gouvernement a suggéré cet été de mettre en place des « prérequis » à l’entrée à l’université. Il entend par là lutter contre l’échec en première année de fac, qui s’élève à 60 %. Cela permettrait également de désengorger les universités, chaque année débordées par le nombre de jeunes qui souhaitent étudier en leur sein, et de mettre fin au tirage au sort dans les filières les plus demandées.

Si la proposition est retenue, les bacheliers devront remplir certains critères pour entrer à l’université. La filière du bac, les notes du lycée, les appréciations du conseil de classe seront rentrées dans un logiciel équivalent à APB (Admission post-bac). Les lycéens recevront ensuite – ou non – une affectation en licence.

Si un élève n’est pas jugé apte à entrer à l’université, il aura la possibilité de rattraper son retard pendant une année de remise à niveau avant la L1. Il pourra également suivre un enseignement plus professionnalisant dans le domaine de son choix. L’université aura quoi qu’il en soit l’obligation de lui proposer d’autres options. L’aide à l’orientation au lycée sera également renforcée, afin d’empêcher les élèves de se diriger vers des filières qui ne les intéressent pas.

François Germinet, président de la conférence des présidents d’université (CPU), est favorable à la mise en place de prérequis. « Nous partons d’un constat simple : l’échec important des élèves en première année de licence » explique-t-il. Beaucoup n’ont pas le niveau adéquat. D’autres se retrouvent à l’université par défaut ou ont été mal orientés.

L’universitaire estime que les prérequis ne fermeront pas définitivement la porte de l’université. Les jeunes n’ayant pas rempli les prérequis pourront entrer à la fac après l’année de remise à niveau. Il évoque l’une des missions principales de l’université: « ne laisser aucun élève sur le carreau ».

François Germinet rappelle que certaines filières sont très demandées par les étudiants (psychologie, STAPS…), alors qu’elles n’offrent que très peu de débouchés. L’université ne peut offrir une insertion professionnelle efficace à ses étudiants s’ils sont trop nombreux par rapport au nombre d’emplois disponibles.

Cette position n’est pas partagée par tous les participants aux groupes de travail lancés par le gouvernement. Le syndicat étudiant Unef (Union nationale des étudiants de France) est l’un des principaux opposants à cette réforme. S’ils sont « d’accord avec le constat du gouvernement » concernant l’échec d’une majorité d’étudiants à l’université, ils refusent catégoriquement le projet du ministère de l’Enseignement supérieur.

Pour Maxence Riou, membre du bureau national du syndicat et étudiant à l’université de Poitiers, la réforme risque de « sélectionner les gens en fonction de leur milieu social ». A ses yeux, les lycéens issus des filières professionnelles, « souvent les plus défavorisés socialement », seront les premiers exclus du système universitaire.

L’année de préparation à la licence proposée par le gouvernement sera pour eux dissuasive. « Une année d’étude en plus, cela coûte cher et cela retarde l’entrée sur le marché du travail » estime le jeune homme. Pour assurer « l’égalité des chances », l’Unef demande à ce que l’université reste « ouverte à tous ».

Le syndicat étudiant réclame aussi l’augmentation du nombre de conseillers d’orientation dans les lycées. François Germinet, le président de la conférence des présidents d’université, y est également favorable.

 

Illustration © nikolayhg/pixabay

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