Harcèlement

Juliette Méadel : «Si les femmes ont des réticences à porter plainte, c’est parce qu’elles ont peur des représailles»

Après l’affaire Harvey Weinstein et les nombreux témoignages twitter de harcèlement sexuel, l’ex-secrétaire d’Etat aux victimes (PS) Juliette Méadel a lancé jeudi un appel dans l’Obs pour inciter les victimes à porter plainte. Pour elle, une solution juridique doit être mise en place.

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Dans votre tribune, vous demandez la création d’une section judiciaire spéciale habilitée à anonymiser les plaintes des victimes de harcèlement sexuel. En quoi cela peut-il aider les femmes ?

Si les femmes ont des réticences à porter plainte, c’est parce qu’elles ont peur des représailles, notamment de la part de leur supérieur hiérarchique au travail. Anonymiser leurs plaintes, c’est faire en sorte qu’il n’y ait pas une publicité trop importante autour de l’enquête et de leur propre personne. Il faut protéger les victimes, comme cela se fait dans les affaires de crime organisé par exemple. Bien sûr, cela n’est pas forcément possible pendant toute la durée de l’enquête, mais au moins au début.

Vous proposez également un statut de lanceur d’alerte pour inciter l’entourage des victimes à en parler. Pourquoi un tel statut ?

Quand j’ai entendu parler de l’affaire Weinstein, je me suis dit : c’est hallucinant. Personne n’a rien dit alors que tout le monde savait ! C’est bien qu’il y a un problème ! Je propose donc ce statut de lanceur d’alerte pour que les proches parlent. Je pense à des personnes animées par la bonne foi, pas par la calomnie. Des personnes qui informent la justice, les associations ou les médias de faits de harcèlements sexuels dont ils ont connaissance. Il faudrait appliquer le statut de lanceur d’alerte, tel qu’il est défini dans la loi Sapin 2 (1) au harcèlement. Toute personne qui révèle un crime ou un délit sexuel devrait être protégé pour son action. Ce genre de statut existe aussi aux Etats-Unis et au Canada dans les domaines de la corruption. Pourquoi ne pas l’appliquer aux questions de harcèlement sexuel ?

Si les femmes ne portent pas plainte, c’est aussi parce qu’elles ne sont pas toujours bien reçues en commissariat. Quelles solutions proposez-vous face à ce problème ?

Lorsque j’étais secrétaire d’Etat aux victimes, j’avais créé un bureau spécial cloisonné, dans certains postes de police, pour accueillir les femmes victimes de violences. Les femmes y étaient prises en charge par des associations locales d’aide aux victimes, formées à ce genre de cas. Je pense que ce dispositif devrait être généralisé. Il faudrait doter les commissariats des moyens adéquats.

(1) Loi relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique du 9 décembre 2016

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