Economie

Guyane : une économie à reconstruire

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Six mois après le mouvement social qui a immobilisé le territoire, la Guyane attend toujours de décoller. Sur place jusqu’au 28 octobre, Emmanuel Macron vient tenter de répondre aux attentes des habitants. Sur le plan économique, elles abondent.

Pauvreté explosive, chômage des jeunes, niveau de vie… Les Guyanais déplorent depuis longtemps les 50 ans de retard qui les sépareraient de la métropole. Au printemps dernier, la région avait laissé éclater sa colère dans un mouvement social d’une ampleur inédite. Au terme de cinq semaines de contestation, le gouvernement signait l’Accord de Guyane, actant un plan d’urgence de 1,08 milliard d’euros. Mais six mois plus tard, le collectif Pou lagwiyann dékolé et les élus locaux sont catégoriques : la situation ne bouge pas.

En mars dernier, l’économiste Pascal Perri dénonçait sur BFM TV « l’économie de comptoir » qui caractérise la Guyane selon lui.

Parmi les défis qui pèsent sur le territoire ultra-marin, les difficultés économiques demeurent une priorité. Pourtant, sur le papier, la Guyane a de nombreux atouts pour prospérer : pléthore de richesses naturelles (or, gaz, bois), le centre spatial de Kourou, une forte attractivité touristique… Comment expliquer alors que 44% de la population vit sous le seuil de pauvreté ? Les Guyanais dénoncent un coût de la vie bien plus cher qu’en métropole (voir infographie) et le manque de moyens alloués par l’Etat.

 

Si l’économie régionale ne fonctionne pas, c’est aussi parce qu’elle s’appuie énormément sur le secteur public. En 2011, une personne active sur trois était fonctionnaire (Insee). L’emploi public représente ainsi plus de la moitié de l’emploi salarié (51,8%, contre 18,5% en métropole). D’où la demande d’un plan d’investissement majeur. L’objectif : attirer les investisseurs privés et donc créer des emplois. Sur ce point, les mesures se font toujours attendre selon Pou lagwiyann dékolé. L’accord d’avril promettait le renforcement des exonérations de charges sociales. Stéphane Lambert, ancien président du Medef local, a fait savoir à La Croix que ces exonérations n’ont pas été appliquées pour l’instant.

UNE ÉCONOMIE PLOMBÉE PAR LES DIFFICULTÉS SOCIALES

Les habitants n’ont pas manqué de le faire savoir : pour que l’économie soit en meilleure santé, il faut d’abord régler les problèmes sociaux. Le territoire est confronté à une immigration massive par le biais de ses frontières avec le Surinam et le Brésil. 35% de la population est étrangère en Guyane. Autre point de crispation : la délinquance. Elle se pose comme un problème endémique. En 2016, la Guyane a connu 42 homicides, ce qui fait d’elle le département le plus meurtrier de France. A cela s’ajoutent les difficultés d’accès aux soins et à l’éducation. Sans amélioration du côté social, difficile d’imaginer une envolée économique durable. Plus qu’une réclamation pécuniaire, il plane en toile de fond l’expression d’un malaise profond. Celui d’un manque de considération des Outre-mer par la métropole, voire d’une méconnaissance aiguë des réalités de quelque 250 000 Français.

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