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Soraya Saenz de Santamaria, une provinciale qui parle le castillan

Soraya Saenz de Santamaria est la nouvelle représentante du pouvoir central à Barcelone depuis le 28 octobre dernier. Vice-présidente du gouvernement et proche du premier ministre espagnol Mariano Rajoy, elle a su apparaître comme la figure providentielle de la crise catalane.  

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Pour certains, elle est la « femme la plus puissante d’Espagne ». Pour beaucoup, elle n’est que le bras droit du premier ministre espagnol Mariano Rajoy. Soraya Saenz de Santamaria accompagne le président du gouvernement depuis ses premières heures en politique, à l’aube des années 2000. Depuis dix-sept ans, elle est de tous les combats. D’abord députée aux Cortes générales, elle devient porte-parole du Parti populaire huit ans après son entrée en politique et vice-présidente du gouvernement espagnol trois ans plus tard. Son ascension est fulgurante. Dès 2015, USA Today la place dans son Top 5 des femmes les plus influentes d’Europe.

Sa désignation à la présidence de la Généralité de Catalogne le 28 octobre 2017, à la suite de la destitution de Carles Puigdemont et la mise sous tutelle de la région, apparait comme une suite logique à une carrière menée tambour battant. Madrid en a fait sa figure de proue. Son arme face à la crise catalane. La force de Soraya Saenz de Santamaria ? Être parvenue à s’imposer d’elle-même. À apparaître comme la réponse logique, légitime, à une crise extraordinaire.

À l’ombre des bruits de la capitale

S’il y a un trait que Soraya Saenz de Santamaria aime à rappeler, c’est son origine provinciale. La vice-présidente espagnole n’est pas une madrilène. Valladolid est son fief, la ville qui l’a vu grandir, passer une licence de droit, réussir le concours d’avocat. Elle ne rejoint la capitale qu’au début des années 2000. Mariano Rajoy l’attend. Dans une biographie non autorisée, la journaliste Gabriela Bustelo la qualifie comme une « provinciale, issue d’une famille modeste de Valladolid, qui a pris le premier bus pour Madrid avec son CV sous le bras ».

Cette origine provinciale, Mariano Rajoy l’utilise comme une force. Pour aborder les questions identitaires, rien de mieux qu’une provinciale. À fortiori dans le cas catalan où la parole de la capitale n’est pas la bienvenue. Pour Sébastien Bauer, directeur de la revue catalane Quadern de les idees, les arts i les lletres, le « défi catalan tire son énergie du fossé entre les Espagnols et les institutions, et d’un rejet de la corruption ».

Soraya Saenz de Santamaria représente cette distance. Avec la capitale, avec ses élites mais aussi avec le monde de la corruption. Les indépendantistes catalans ont largement reproché ces dernières semaines les nombreuses affaires de corruption qui frappent le Parti populaire. Les slogans anticorruptions, nombreux dans les manifestations, témoignent d’une réelle hostilité à l’encontre des « dirigeants corrompus ». La vice-présidente est, elle, présentée comme totalement intègre.  En 2008, le journal espagnol Diario de Sevilla la définissait comme une femme d’une « loyauté incorruptible ».

Cette intégrité, le premier ministre en a besoin. Pour pouvoir parler avec les parlementaires catalans mais aussi avec le peuple catalan. En nommant Soraya Saenz de Santamaria à la présidence de la Catalogne, Mariano Rajoy s’évite un potentiel nouvel écueil. 

Une juriste pour mener un combat…juridique

La numéro deux espagnole est une avocate de formation. Elle a été la conseillère juridique de Mariano Rajoy avant de devenir députée. Le premier ministre, également juriste de formation, aime s’entourer d’autres juristes. Le droit devient un outil politique. Pour Sébastien Bauer, Mariano Rajoy souhaite « transformer le problème politique [de la crise catalane]en un problème juridique ». En écartant Carles Puigdemont de la tête de la Catalogne et en supprimant toutes les prérogatives de la région, le premier ministre inscrit l’avenir de la communauté autonome dans un combat juridique. À cet effet, Soraya Saenz de Santamaria apparaît comme la personnalité idéale. La plus compétente. Elle qui maîtrise déjà depuis longtemps les rouages du dialogue juridictionnel. Dans un portrait que lui a consacré le quotidien El Pais l’année dernière, elle est présentée comme une femme « modérée » et « ouverte au dialogue ».

Également ministre en charge de la Présidence et des Administrations territoriales depuis 2016, elle est responsable du bon fonctionnement des différentes collectivités autonomes espagnoles. Cette fonction lui offre donc une forte légitimité. Sa désignation le 28 octobre dernier est apparue aux yeux de tous comme une évidence.

La native de Valladolid, la loyale parmi les loyales, est le choix de Madrid. Elle est au premier plan de la crise catalane. Sa bonne gestion du dossier pourrait l’amener à voir plus haut. Sa marche, effrénée, pourrait bien la mener à la tête de l’exécutif. À condition que le choix de Madrid replace Madrid au centre de l’échiquier catalan…

 

Soraya Saenz de Santamaria en quelques dates…

  • Naissance en 1971 à Valladolid
  • Diplômé d’une licence de droit à Valladolid en 1994
  • Conseillère juridique de Mariano Rajoy en 2000
  • Députée aux Cortes depuis 2004
  • Porte-parole de parti populaire de 2008 à 2011
  • Porte-parole du gouvernement de 2011 à 2016
  • Vice-présidente du gouvernement, ministre de la Présidence et des administrations territoriales depuis 2011
  • En charge du fonctionnement de la Catalogne depuis le 28 octobre 2017

 

 

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