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Aung San Suu Kyi face au défi des Rohingyas

Pour la première fois, la prix Nobel et dirigeante birmane Aung San Suu Kyi s’est rendu jeudi dans la zone du conflit avec la minorité rohingya, à l’ouest du pays. Une région sinistrée et abandonnée depuis des décennies.

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Son statut de lauréate du Nobel de la paix en fait aux yeux de tous une défenseuse des droits humains et une pourfendeuse des traitements indignes. Pourtant, ce n’est qu’aujourd’hui, le jeudi 2 novembre, qu’elle s’est rendu auprès des Rohingyas, dans l’État d’Arakan, en Birmanie.  Plus d’un an après le début du conflit et l’exil massif de sa population (cf encadré).

Beaucoup d’attente pour la « dame de Rangoon »

Pour ce premier grand déplacement, Aung San Suu Kyi est accompagnée de plusieurs ministres et hommes d’affaire importants du pays. Son objectif ? S’attaquer aux problèmes économiques qui rongent la région, une des plus pauvres du pays. Du fait de son isolement, le développement économique de l’Arakan est quasi nul. Son taux de pauvreté est deux fois supérieur à la moyenne nationale, son accès à l’électricité et à l’eau potable inégal et sa population largement analphabète. Cette rencontre, espérée depuis plusieurs mois par les Rohingyas, soulève une vague d’espoir. Pour eux qui n’ont accès ni aux services publics ni au marché du travail, qui ne peuvent ni voyager ni bénéficier des soins publics, la visite d’Aung San Suu Kyi est un premier pas important. Un pas certes fugace, la conseillère ne restant qu’une journée sur place, mais indispensable.

Chez les organisations non-gouvernementales, l’arrivée de la « dame de Rangoon » suscite beaucoup d’attente. Cité par l’AFP, Dominik Stillhart, responsable de la Croix-Rouge dans le pays, a encouragé « les autorités à faciliter le travail des humanitaires ». La visite de la conseillère spéciale permettra peut-être d’accélérer une aide de plus en plus indispensable et nécessaire. Pour rappel, la Croix-Rouge est la seule organisation non-gouvernementale autorisée dans la région.

Une visite pour en finir avec une position ambiguë

À moindre échelle, ce déplacement est aussi l’occasion pour la récipiendaire du Nobel de la paix de mettre un terme à l’ambiguïté qu’elle cultive sur la question. Elle qui réfute depuis le début, comme le reste du pouvoir central, de parler d’« épuration ethnique » et accuse les ONG de soutenir les « terroristes extrémistes » d’Arakan. La position d’Aung San Suu Kyi est en effet complexe.

En tant que prix Nobel de la Paix, la communauté internationale attend d’elle plus de « courage et d’humanisme », selon les mots utilisés par Desmond Tutu et d’autres récipiendaires du prestigieux prix. Mais en tant que conseillère spéciale de l’Etat, elle se doit de rester loyale à l’armée au pouvoir, ne serait-ce que pour garder une influence au sein de ce pouvoir. Jamais depuis 2011 et le renversement de la junte militaire, l’armée n’a en effet semblé aussi influente.

Entre les sommations de la communauté internationale et la position ferme du pouvoir en place, Aung San Suu Kyi doit jouer un véritable jeu d’équilibriste. Pour les Rohingyas exilés, tout ça n’a pas d’importance. Ils veulent juste rentrer chez eux.

 

Les Rohingyas, une minorité en exil

Essentiellement présent dans l’État d’Arakan – appelé aussi État de Rhakine – au nord-ouest de la Birmanie, les Rohingyas sont une minorité ethnique de confession musulmane. Ils sont en conflit ouvert avec le pouvoir central birman depuis octobre 2016 et plus de 600 000 d’entre eux ont du fuir l’état d’Arakan après les exactions commises par l’armée. L’Organisation des Nations unies parle désormais d’une « épuration ethnique ». Il faut savoir que les Rohingyas sont considérés comme des apatrides. En effet, la Birmanie les assimile à  des « immigrés illégaux » depuis 1982.

 

 

L’État d’Arakan, au nord-ouest de la Birmanie

 

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