International, Politique, Turquie

Le président turc Erdogan évince des maires pour relancer sa popularité

Constante de la politique turque depuis un an et demi, les purges se poursuivent : le président, affaibli, cible désormais les maires de grandes villes pour rétablir sa légitimité.

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Elles n’ont jamais cessé depuis le putsch du 15 juillet 2016. Après les purges chez les enseignants, les militaires, les écrivains ou les journalistes, c’est depuis plusieurs semaines le tour des maires de grandes villes d’être évincés par le président turc. Ou plus exactement, d’être poussés à la démission.

« Renforcer la position électorale du parti »

Recep Tayyip Erdogan cherche en effet à stopper la baisse de popularité de son parti, l’AKP (Parti de la Justice et du Développement), quinze ans après son arrivée au pouvoir. Une stratégie confirmée par Ilter Turan, professeur de sciences politiques à l’université d’Istanbul, cité par l’AFP : si les motifs de ces démissions forcées sont divers, « ces maires ont été évincés (…) dans l’objectif de renforcer la position électorale du parti ». En d’autres termes, Recep Tayyip Erdogan tient les élus locaux pour responsables de son impopularité : en les évinçant, le chef de l’Etat espère ré-asseoir sa légitimité.

La purge dans les municipalités a débuté par Istanbul, capitale et cœur économique et culturel du pays. Fin septembre, son maire Kadir Topbas a quitté ses fonctions, après 13 années de mandat. Le départ du maire de Bursa, quatrième ville de Turquie, s’est fait sans bruit ; l’édile d’Ankara a résisté plusieurs semaines avant de céder à l’ordre de Recep Tayyip Erdogan.

Si ces trois premières démissions se sont faites dans les arcanes du pouvoir, celle du maire de Balikesir, Ahmet Edip Ugur, a alerté l’opinion. En larmes, l’ancien élu a publiquement affirmé partir « non par la voie électorale, mais sur un ordre », alors que sa famille et lui-même ont été « menacés ». S’exprimant sur ce départ agité, le président turc a fait part de sa « tristesse »… avant de répondre à un journaliste « d’aller voir ailleurs » après une question sur de nouvelles démissions d’élus locaux.

Le début de la déroute pour Erdogan ?

Conscient de son impopularité grandissante, Recep Tayyip Erdogan « essaie de trouver des manières d’inverser la tendance », poursuit l’universitaire Ilter Turan.

Premier signe de la perte de vitesse du pouvoir central : la courte victoire du oui au référendum du printemps dernier (51,4 % des voix), bien loin du plébiscite attendu par le pouvoir central. Recep Tayyip Erdogan avait alors mis ce désaveu sur le compte de l’insatisfaction du peuple envers les élus locaux de l’AKP, décrivant certains membres du mouvement comme étant « rouillés ».

Depuis, la popularité du président turc ne s’est guère arrangée. En mauvaise posture suite à ses prises de position radicales contre le référendum d’indépendance du Kurdistan irakien, menacé par le lancement d’une nouvelle formation qui pourrait concurrencer la fragile alliance AKP-MHP… Autant d’éléments qui mettent à mal l’avenir politique de Recep Tayyip Erdogan, alors que des élections cruciales se profilent.

2019 pourrait être l’année de la déroute pour Recep Tayyip Erdogan : en mars, les élections municipales tiendront lieu de test, avant les doubles élections législatives et présidentielle en novembre. De nombreux observateurs affirment que le président turc pourrait annoncer des élections anticipées pour reprendre la main… une hypothèse aussitôt démentie par le gouvernement.

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