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Paris Games Week : les femmes, des gamers pas (encore) comme les autres

Au salon du jeu vidéo de Paris, les femmes sont rares. Dans le milieu, elles ne sont pas traitées comme leurs pairs.

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« Allez les filles ! Il faut encourager vos équipes ! » Sur l’estrade, quatre cheerleaders, leggings de couleur et brassières noires, s’agitent avec leurs pompons. Un peu plus loin, un jeune homme traverse le hall. Il tient une pancarte. Dessus, son identifiant Snapchat et la phrase « Send Nudes » (« Envoyez des photos de nu »).

Nous sommes à la Paris Games Week, salon annuel dédié aux jeux vidéo. Avec 310 000 visiteurs en 2016, l’événement figure parmi les cinq plus grands au monde.

Bien placé, le stand de Jeuxvideo.com, leader français sur l’actualité du jeu vidéo. Le site héberge un forum régulièrement au cœur de polémiques. Depuis quelques jours, des féministes sont victimes d’une campagne de harcèlement sur les réseaux sociaux, partie du forum Jeuxvideo.com.

« Il n’y a pas de différence entre garçons et filles, c’est la passion qui est la même », minimise Alexis, 18 ans, venu au salon avec ses amis gamers (passionnés de jeux vidéo). Un constat partagé par beaucoup d’autres visiteurs du PGW. « C’est l’expérience qui fait la différence » explique, quelques mètres plus loin, Etienne, 16 ans, dans son costume de cosplay. « C’est bien que les filles viennent, ça fait plus de personnes avec qui jouer. »

Un milieu majoritairement masculin

Selon une étude du Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs de 2015, 44% des joueurs sont des joueuses. Au salon, la répartition n’est pas la même. La population est essentiellement masculine. Beaucoup de femmes sont là pour accompagner leurs enfants ou leurs amis.

« Il y a plus de filles que les années précédentes », expliquent Lucie et Lubna, 13 ans, habituées du salon. Sous leurs immenses perruques, vêtues de robes spectaculaires, elles déplorent : « Les étoiles montantes du jeu vidéo, ce sont des mecs. »

« On ne m’a pas proposé un niveau, comme à mes amis », raconte Vanessa, 23 ans, venue tester un jeu vidéo. « On m’a mis directement au niveau le plus simple. Je ne sais pas si c’est un hasard, ou si c’est volontaire… » Elle n’est pas la seule femme joueuse à observer une certaine condescendance. Certaines ne s’en offusquent pas, comme Sylvia, 16 ans : « Les joueurs changent d’attitude quand ils réalisent qu’on est des femmes, ils deviennent plus gentils. Mais ça ne me dérange pas. »

« Retourne dans ta cuisine te faire un sandwich »

Jade, collégienne de 13 ans, défend son niveau : « Moi je ne perds pas à Fifa ! Les garçons trouvent toujours une excuse : ‘j’étais pas prêt, je n’avais pas la bonne manette’. »

Lucie et Lubna, adeptes des chats en ligne, reçoivent dix fois plus de messages que leurs pairs masculins. « Quand je parle à des garçons que je ne connais pas, ils viennent surtout pour draguer, pas pour jouer », analyse Lubna. A quelques mètres, des femmes distribuent des tracts, vêtues de bas résilles et de cuissardes.

© Clara Cristalli

Dans un jeu en ligne, Etienne a déjà dû rappeler à l’ordre un joueur dont le comportement posait souci. « On jouait avec une fille. Elle était plus forte que moi ! », assure-t-il. « Et un gars est arrivé, il lui a dit : ‘Les filles, c’est pas fait pour les jeux vidéo. Retourne dans ta cuisine te faire un sandwich.’ » Mais ce genre d’accident reste rare, selon lui.

Des progrès… à nuancer

Etudiante à l’ISART, grande école de création de jeux vidéos, Karen, 19 ans, nuance : « Le milieu du jeu vidéo est bien plus ouvert qu’on ne le croit. » Elle qui veut travailler dans ce secteur ne s’inquiète pas d’une discrimination. « La mixité est recherchée dans les équipes. Sur l’aspect artistique, une femme aura le souci des détails. » Malgré ça, « dans les sections plus techniques, le ratio hommes-femmes reste de 70/30 », relativise-t-elle.

La non-mixité reste de mise dans le milieu. L’e-sport, compétitions de jeux vidéo, est en plein boom depuis plusieurs années. Les équipes y sont généralement entièrement masculines. « Ce serait trop bien de voir des équipes mixtes dans l’e-sport », rêve Kaïs, 32 ans. D’autant, constate-t-il, que « contrairement au sport classique, le critère des différences physiques ne vaut rien dans l’e-sport… »

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