Environnement

COP23 : l’urgence climatique des îles du Pacifique

Organisée par les îles Fidji, la COP23 doit être l’occasion pour les Etats du Pacifique, les plus exposés au réchauffement climatique, de réaffirmer leur volonté de le limiter autant que possible.

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Lundi prochain, la COP23 s’ouvrira à Bonn, en présence de représentants de la grande majorité des Etats signataires de l’accord de Paris, ainsi que d’une délégation américaine. Mais, si la conférence sur le climat se tiendra en Allemagne, ce sont bien les Fidji, un Etat de l’océan Pacifique, qui organisent les débats. N’ayant pas la capacité d’organiser sur leur territoire un tel événement, les Fidji ont demandé l’aide de l’Allemagne. Mais le fait que l’archipel du Pacifique régisse l’événement a une portée symbolique importante : c’est la première fois qu’un Etat insulaire organise une « Conférence des parties » (Conference of parties, COP).

Les îles du Pacifique sont parmi les premiers exposés au dérèglement climatique. En tant que « petit Etat insulaire du Pacifique, nous avons besoin de montrer au monde les problèmes que nous traversons », avait ainsi indiqué le Premier ministre fidjien, Frank Bainimarama, lors de la COP22, il y a un an. En cause, la géographie de ces territoires. La principale île de l’archipel des Fidji, Viti Levu, culmine certes à plus de 1 300 mètres d’altitude, mais la majorité du territoire fidjien est entre 0 et 10 mètres au-dessus du niveau de l’océan. Or, d’ici la fin du siècle, les mers pourraient monter de deux mètres, ce qui modifierait considérablement la géographie des îles du Pacifique.

En mettant en avant les Fidji, la COP23 donne donc la parole à ces petits Etats qui sont les plus inquiétés par le dérèglement climatique. « Les enjeux pour nous sont extrêmement importants, spécialement pour nos amis des îles Marshall, Tuvalu et Kiribati, dont l’existence même est menacée », a rappelé Frank Bainimarama lors d’une conférence pré-COP23, le 16 octobre dernier. Culminant respectivement à 10, 5 et 81 mètres, ces trois Etats seront en effet en grande partie immergés si les estimations des scientifiques se révèlent justes.

Aller plus loin

La présidence fidjienne devrait donc être engagée, et l’Etat insulaire devrait pousser les Etats signataires de l’accord de Paris à aller plus loin que les objectifs signés : pour éviter une montée du niveau de la mer, le réchauffement climatique devrait être limité à 1.5° par rapport à l’époque pré-industrielle, alors que l’accord signé dans la capitale française en 2015 instaure un objectif de 2°. De plus, les engagements de l’accord de Paris seraient largement insuffisants, pouvant provoquer un réchauffement climatique de plus de 3°, a rappelé le directeur du programme des Nations unies pour l’environnement, ce mardi. En février 2016, les Fidji avaient été touchées par le cyclone Winston, qui avait fait au moins 42 morts et déplacé plus de 55 000 personnes. Aujourd’hui, le Premier ministre fidjien veut instaurer un dialogue sur la base de l’esprit « talanoa », un processus de dialogue inclusif qui mène à des décisions pour le bien commun.

Pour symboliser cette volonté de faire changer les mentalités, les Fidjiens ont installé une pirogue dans le centre de conférences international de Bonn. Elle « symbolise la résilience de la culture ancestrale du Pacifique face aux effets néfastes du changement climatique », a indiqué Nick Nuttall, porte-parole de la COP23. Mais, si, comme le dit Frank Bainimarama, les Fidji veulent « convaincre le reste du monde d’aller encore plus loin », il faudra plus que des symboles.

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