Fait-divers, France

Maëlyne, 13 mois, tuée par un antidépresseur

La cour d’assises du Mans jugent depuis ce mercredi la mort de la petite Maëlyne, 13 mois. Les parents sont accusés de lui avoir administré des antidépresseurs, mais nient les faits

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« Elle ne bouge plus du tout… J’avais du monde pour l’apéro, j’ai raccompagné les invités à la porte et pendant ce temps Maëlyne a bu dans mon verre de rosé. » L’enregistrement téléphonique date du 27 février 2015. D’une voix calme, Cyrille Le Got, 41 ans, explique au médecin du Samu qu’une enfant de 13 mois est étendue chez lui, inconsciente depuis plus d’une heure. À la fin de l’appel, le médecin demande : « Ce n’est pas votre petite? – Si. – Ah bon? Vous avez du sang froid… »

Dans le box des prévenus, Cyrille Le Got a les coudes posés sur ses genoux. Il est pâle, très mince, le crâne rasé, visiblement concentré. Son ex-compagne est assise à côté de lui. Delphine Niepceron, 27 ans, a pris 20 kg depuis son incarcération en mars 2015. Elle a les cheveux noirs et fins, tirés en arrière en une queue de cheval basse. Tous deux sont accusés d’avoir administré une substance nuisible ayant entraîné la mort de leur enfant. Aucun ne reconnaît les faits. Depuis ce lundi et jusqu’au vendredi 15 décembre, la cour d’assises du Mans s’applique à retracer cette soirée dramatique.

Le 27 février 2015, les secours arrivent au domicile du couple vers 19h30. « Ce qui m’a interpellé, c’est le calme qui régnait dans l’appartement, décrit à la barre l’infirmière des pompiers. Pas de cris, pas de larmes. Rien d’habituel. Le père n’arrêtait pas de parler de cette histoire de rosé. » – « Ça vous a semblé crédible? » demande le président. Elle secoue la tête. « Compte tenu du poids du verre, de la taille de la main de la fillette… C’est impossible. Et puis elle n’était pas mouillée et elle ne sentait pas l’alcool. » Arrivée dans le coma à l’hôpital du Mans, Maëlyne décède vers 2h40 du matin.

L’analyse toxicologique est formelle : la mort de l’enfant « clairement due » à l’ingestion de deux molécules présentes dans l’antidépresseur prescrit à son père. Des traces de ce même médicament ont été retrouvées sur les tétines des biberons de Maëlyne et de sa grande soeur L., à l’époque âgée de 3 ans.

Un couple à la dérive

À la barre, l’éducatrice de l’aide sociale à l’enfance chargée du suivi de la famille semble fébrile. « Maëlyne faisait la sieste à chacune de mes visites. Un enfant de cet âge ne dort pas de 14 à 17 heures !, s’exclame-t-elle. Monsieur Le Got envahissait tout l’espace. Il ne cessait de se plaindre de son état de santé : cancer, arthrose, blessure au genou… Il ne supportait pas le moindre bruit dans la maison. »

Le président la questionne: « Vous avez dit aux enquêteurs vous être interrogée sur l’emprise psychique de monsieur sur madame. Pourquoi? » Elle réfléchit: « Par exemple, quand il était là, elle le cherchait des yeux avant de parler. »

Le psychiatre qui a examiné Delphine Niepceron la juge « banalement immature ». Mère au foyer, elle faisait preuve selon lui de « passivité dans une relation conflictuelle ».

« Ma fille est tombée sur la mauvaise personne, assure la mère de Delphine Niepceron. Depuis 2010, elle se faisait taper par M. Le Got et avait déjà porté plainte contre lui. » Sans emploi, alcoolique et accro aux médicaments, Cyrille Le Got semblait vivre une longue dérive depuis la perte de son dernier travail. Ses violences sur sa femme étaient connues de la plupart de leurs proches.

Une de ses précédentes compagnes, qui a eu deux autres filles avec lui, témoigne : « Oui j’avais peur de lui. Il me donnait des claques derrière la tête. Mais ses filles, ajoute-t-elle, émue, c’était tout pour lui. Il était tellement fière de la petite dernière, Maëlyne, une petite rouquine comme lui! » Dans le box, l’homme pleure en silence.

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