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Alep un an après : la difficile reconstruction de la rébellion

Depuis la reconquêtede la deuxième ville de Syrie, le régime de Bachar Al-Assad reprend petit à petit le contrôle de son territoire. Si l’opposition armée est livrée à elle-même et se contente de tenir les quelques bastions qu’ils lui restent, la branche politique de la rébellion ne perd pas espoir.

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Le terrible spectacle des immeubles éventrés demeure le témoin inévitable de la bataille sanglante d’Alep qui a pris fin le 22 décembre 2016, il y a tout juste un an. Des estimations non officielles évoquent le retour de la moitié des habitants de l’est de la ville, soit près de 500 000 personnes.

Qu’en est-il des rebelles ? Nombreux sont ceux qui ont pris la fuite vers les zones libres du sud du pays, comme à Khan Shikun, Idleb ou encore Al Rastan. A ce jour, la rébellion contrôle moins de 12% du territoire national syrien.

Selon Ziad Majed, politologue spécialiste de la Syrie, « il y a toujours des dizaines de milliers de combattants, entre le sud, le nord et le centre du pays. Certains se reconvertissent. D’autres sont toujours mobilisés, notamment au nord. »

« Un renversement total des forces »

Sur le terrain militaire depuis 2015, l’implication de la Russie a considérablement aidé le régime à changer la donne. Pour Hala Kodmani, journaliste spécialiste de la Syrie et présidente de l’association française Souria Houria (qui milite pour le renversement du régime de Bachar Al-Assad), « la prise d’Alep par les Russes a été un événement décisif. Cette reconquête de la ville a affirmé le renversement total des forces et surtout l’affaiblissement de l’opposition armée. Les rebelles ont été abandonnés par leurs alliés régionaux comme la Turquie. Ils ne restent plus que des poches de rébellion. »

Les rebelles détiennent toujours une zone dite de désescalade significative : la région d’Idleb, au nord-ouest du pays, à quelques dizaines de kilomètres d’Alep.

Des zones de désescalade non respectées

Mises en place lors des conférences d’Astana au Kazakhstan, à la suite de la reprise d’Alep par les forces du régime, les zones de désescalades ne sont pas toujours respectées. « Ces zones n’existent que partiellement. Les sièges continuent. Les combats et les bombardements ont tué à plusieurs reprises de nombreux civils dans ces zones. Le seul territoire où l’activité militaire est moindre se situe dans le sud du pays « , précise Ziad Majed.

Dans la nuit de lundi à mardi, un raid mené par le régime syrien a frappé la ville d’Idleb, a indiqué l’observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Les frappes aériennes nocturnes ont tué 19 civils dont 7 enfants. Rami Abdel Rahmane, le chef de l’OSDH, a indiqué que les bombardements avaient « probablement été menés par l’aviation russe ».

Le groupe djihadiste Fateh al-Cham, aussi connu sous le nom de Front al-Nosra, contrôle toujours une large partie de la province d’Idleb. « La présence de ce groupe autrefois rattaché à Al Qaida sert de prétexte aux bombardements, alors que le territoire est pourtant supposé être une zone de désescalade », affirme Hala Kodmani.

Carte de la situation territoriale en Syrie en décembre 2017, réalisée par Omran for strategic studies.

En un mois, les forces d’opposition ont perdu 260 km2 de leur territoire. « Les derniers jours ont connu des bombardements intensifs, y compris au sud de la région d’Idleb, autour de la zone rurale assiégée de Hama et au niveau de la Ghouta. Il y a encore des crimes de guerre commis par les russes et le régime contre les civils« , atteste le politologue.

Le pari de l’opposition syrienne

Si la force armée rebelle est éclatée, l’opposition politique s’est enfin rassemblée. « Il y a un vrai front plus cohérent qui s’est créé après la défaite à Alep », reconnaît Hala Kodmani, « ils préparent tous les dossiers politiques, la constitution, les conditions pour une éventuelle élection. » Réunie à Ryad en Arabie saoudite le mois dernier, l’opposition syrienne fait le pari audacieux d’un retournement du rapport de force.

Selon la journaliste franco-syrienne, « les Russes laissent planer le doute sur le soutien total et durable à Bachar Al-Assad. Et l’opposition tente de se placer dans cette petite faille, quelle que soit véritablement la réalité de la position russe. »

Bachar Al-Assad et Vladimir Poutine le 20 novembre 2017 à Moscou.

En novembre dernier, un nouveau cycle de négociation s’est ouvert à Genève sous l’égide des Nations unies, afin de faire dialoguer les composantes de l’opposition syrienne et les forces gouvernementales. L’appel au départ de Bachar Al-Assad figure toujours dans les exigences de l’opposition. « Leur position est de préserver les intérêts russes, à condition que Bachar Al-Assad soit destitué. Mais je pense que leurs espoirs sont non-fondés « , ajoute Ziad Majed.

Si le compromis est difficile à mettre en place, il montre pour autant la volonté de l’opposition syrienne de se montrer unie et de croire encore à une issue positive. Selon Hala Kodmani, « cette faille n’est pas un espoir sérieux. Mais il est primordial d’avoir les dossiers prêts en vue d’une transition politique. Qu’elle se passe dans 6 mois ou dans deux ans. »

 

 

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