Politique

Avec Macron, la fin de French bashing ?

The Economist vient de désigner la France comme pays de l’année 2017. L’hebdomadaire libéral britannique chante les louanges d’Emmanuel Macron, qui a « réussi à faire passer une série de mesures sensées » dans un pays réputé « irréformable »

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Pour The Economist, le choix du pays de l’année 2017 n’était pas cornélien. Certes, il fallait saluer l’Argentine de Mauricio Macri, qui arrive à « restaurer une sobriété fiscale après des années de populisme coûteux sous la gouvernance de la famille Kirchner« . Il fallait aussi rendre un hommage appuyé à la Corée du Sud, qui réussit la rénovation de son personnel politique, malgré la menace constante d’une « apocalypse nucléaire » agitée par son voisin du Nord. Mais pour l’hebdomadaire britannique, un pays en particulier est parvenu à « défier toutes les attentes » : la France.

Le choix a de quoi surprendre les lecteurs assidus du journal d’outre-Manche. Ces dix dernières années, The Economist était apparu comme un adepte du « French bashing », du dénigrement de la France à l’étranger (jamais dénué d’une jalousie inavouable). Nicolas Sarkozy y était qualifié de « président rétréci » quand François Hollande était décrit comme « dangereux« . En 2012, l’hebdomadaire lu dans le monde entier, a titré sur la « France dans le déni » avant de récidiver la même année pour dépeindre l’hexagone en « bombe à retardement au cœur de l’Europe« .

Mais en 2017, un événement va faire disparaître ce réflexe quasi-pavlovien du French bashing des colonnes des journaux anglo-saxons : l’élection d’Emmanuel Macron, un jeune président de 39 ans, inconnu quelques mois auparavant. The Economist va même jusqu’à parler du 7 mai dernier comme « du jour de gloire » qui est (enfin) arrivé.

« En Europe, c’est Macron qui fixe l’agenda« 

La désignation de la France comme pays de l’année repose sur un choix totalement subjectif, qui correspond aux inclinations libérales de l’hebdomadaire. The Economist établit néanmoins deux critères : avoir changé en mieux le pays et avoir rendu le monde meilleur (rien que ça).

Sur le plan intérieur, le journal britannique salue « l’entérinement d’une série de réformes sensées » et cite deux exemples : la loi anti-corruption et la loi sur le marché du travail. « Les critiques se moquent du côté grandiloquent de M. Macron. Ils se gaussent en disant que les réformes auraient pu aller plus loin. Mais ils oublient comment la France semblait irréformable, offrant aux électeurs un choix entre la sclérose et la xénophobie« .

Sur le plan international, The Economist, très attaché au libre échangisme applaudit « l’ouverture » dont fait preuve Emmanuel Macron. « La bataille entre les visions fermées et ouvertes de la société pourrait bien être la plus importante lutte politique dans le monde actuel« , précise le journal qui oppose la politique du nouveau président français à la politique de repli sur soi de Donald Trump aux Etats-Unis. Sans oublier le Brexit.

« On disait que la France était le sickman [l’homme malade] de l’Europe. Maintenant c’est la Grande-Bretagne« , affirme Adam Plowright, auteur de la première biographie d’Emmanuel Macron en anglais (« The French Exception »). « En Europe, c’est lui qui donne la direction, qui fixe l’agenda ». The Economist avait d’ailleurs consacré sa une du 30 septembre dernier au « nouveau leader de l’Europe »

Pour le journaliste britannique à l’AFP, « Le choix de The Economist renforce l’idée que la perception de la France à l’étranger a changé. C’est incontestable« .

L’argument a été repris par les députés de la République en marche ! et les membres du gouvernement, parlant même d’un « effet Macron ».

 

Mais gare à ne pas tomber dans l’euphorie. « La mauvaise image qu’a la France, d’un pays irréformable, avec des grèves très régulières et un système social compliqué, ne peut pas disparaître comme ça« , tempère Lena Jakubowicz, étudiante en business à l’université londonienne de Royal Holloway. Pour cette Française expatriée, l’élection d’Emmanuel Macron ne suffira pas à éradiquer le french bashing. L’étudiante se souvient que c’est d’abord l’âge, la vie privée du nouveau président et sa victoire face à Marine le Pen, bien plus connue à l’étranger, qui ont marqués les esprits.

« Attirer les investisseurs »

Pour autant, la désignation de la France comme pays de l’année 2017 n’est pas dénuée d’intérêt, puisqu’elle n’a pas qu’une valeur honorifique. Un tel choix peut stimuler le tourisme et surtout le business. « Cela va attirer des investisseurs qui ne s’intéressent pas à la France habituellement« , prévient Adam Plowright. M.Macron, qui compte notamment profiter des conséquences du Brexit, a déjà commencé ce travail de séduction. Le président, qui parle parfaitement anglais, n’hésite pas à employer des anglicismes comme sont désormais célèbre « France is back« , qui sonne comme un slogan publicitaire.

« Macron a réussi à changer la perception de la France, les fondations sont posées« , résume Adam Plowright. Mais sans oublier de préciser que « les résultats restent encore à venir« .

 

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