À Ivry, l’incinérateur de la discorde

Le site d’Ivry-sur-Seine brûle chaque année 730 000 tonnes de déchets ménagers par an et doit commencer des travaux de rénovation en 2019, au grand dam des associations écologiques.

L’incinérateur d’Ivry ne brûlera plus grand chose. C’est en tout cas ce que pense le collectif 3R, qui s’est réuni samedi 10 octobre face à la bibliothèque François Mitterrand, contre le projet de reconstruction de l’incinérateur d’Ivry-Paris 13.

Le site, reconnaissable par ses grandes cheminées de 80m qui bordent le périphérique, est en activité depuis 1969. Il brûle chaque année les déchets de de l’Est de Paris et de quinze communes avoisinantes. En février 2015, le Syctom (l’agence métropolitaine des déchets ménagers) a signé un contrat de 1,8 milliard d’euros sur 23 ans avec Suez Environnement, pour reconstruire la partie incinération du site qui arrive en fin de vie.

Une aberration pour les membres du collectif 3R, qui jugent le projet dépassé avant même sa sortie de terre. “Il faut faire prendre conscience aux gens que l’époque où l’on incinérait 80% des déchets est révolue. Il faut amorcer la décroissance de l’incinération et changer de braquet”, assure Anne Connan, une responsable du collectif.

“On pourrait atteindre 35% de revalorisation des déchets en 2023”

Pour lutter contre la reconstruction du nouvel incinérateur, le collectif 3R a lancé le plan B’om (baisse des ordures ménagères), avec l’association Zéro Waste France, qui s’appuie sur la loi de transition énergétique votée à l’Assemblée nationale le 22 juillet 2015. Cette dernière vise à valoriser à 65% les déchets ménagers d’ici à 2025.

C’est justement le point sur lequel il reste du chemin à parcourir. En région parisienne, le Syctom affirme traiter 380 tonnes de biodéchets par an, une goutte d’eau comparé au 730 000 tonnes de déchets qui sont incinérées chaque année. Avec le plan B’om, le collectif 3R espère réussir à traiter les ordures de manière réaliste, grâce à la revalorisation et au recyclage. “Si notre plan aboutit, on pourrait atteindre 35% de revalorisation des déchets en 2023 alors que la loi sur la transition énergétique en demande 65% d’ici 2025”, explique Anne Connan.

Une approche qui est vue comme utopique par le Syctom alors que tous les déchets ne sont déjà pas traités. “À l’heure actuelle, on enfouit entre 250 et 300 000 tonnes de déchets par an pour toute l’Ile-de-France”, déplore Patrice Furé, un responsable du syndicat. “Le tri est mis en place depuis 1992, il débouche sur 180 tonnes de carton, soit seulement 10% de l’activité. Sans l’incinération, il faudra trouver une solution pour un million de tonnes par an.”

Si les deux propositions semblent réalistes, aucune d’entre elles ne se détachent. Le plan B’om doit être soutenu par des élus pour espérer voir le jour et le nouvel incinérateur verra sa première pierre posée en 2019, si toutes les études sont concluantes. Entre temps, les cheminées continueront de fumer.