Union des démocrates musulmans : “On s’adresse à tous les Français”

Le top départ est donné. Au lendemain de son premier meeting à Savigny-le-Temple (Seine-et-Marne) dimanche 11 octobre, l’Union des démocrates musulmans de France (UDMF) s’est définitivement lancée dans la course aux élections régionales de décembre. La formation avait déjà tenté de se présenter aux départementales du mois de mars. A l’époque, sa candidature n’était pas arrivée à son terme, coupée à la racine par des problèmes de financement et de pressions diverses liées aux attentats de Charlie Hebdo deux mois plus tôt. Le parti revient maintenant à la charge des urnes, même s’il n’a pas encore rassemblé les 205 élus nécessaires pour déposer ses listes à la préfecture en novembre. Petit nouveau de la scène politique française, Nizarr Bourchada est la tête de liste UDMF en Ile-de-France. Créer le débat, telle est l’ambition de ce jeune élu pour les prochaines élections.

Pouvez-vous décrire l’Union des démocrates musulmans de France ? 

Ce parti ne se revendique pas d’un côté ou de l’autre de l’échiquier politique. Pas de droite ou de gauche chez nous, on ne s’interdit rien et on s’adresse à tous les Français. Ce parti encore en construction est extrêmement jeune. Sans excès d’humilité, et en étant parfaitement honnête, rien qu’à cause de notre budget restreint, nous ne pouvons pas nous imposer à ces élections. Mais notre but est d’interpeller les élus et d’amener certains débats sur la place publique. Plus de 90% des Français musulmans ont voté pour François Hollande en 2012, mais le président de la République a perdu leur confiance. Ces électeurs ne se sentent pas représentés. Nous ne sommes pas un parti religieux, tous les gens qui le composent sont des amoureux de la France et de ses valeurs. A terme, nous souhaiterions retirer le mot “musulmans” du nom de notre parti, car on ne veut pas être catégorisés. Mais pour stopper les amalgames il faut s’exprimer, se montrer. Il faut représenter une communauté qui se sent délaissée. Personnellement, j’aime me définir en tant que musulman vu l’ambiance actuelle. Il faut montrer aux Français que des musulmans sont capables de s’engager pour la France, que la vie politique de notre pays nous intéresse et que nous voulons y prendre part. Ce parti a pour vocation de perdurer, nous aurons des candidats pour les municipales de 2020, et peut-être même un candidat pour la présidentielle de 2017. Mais il y a encore du travail.

Quels débats voudriez-vous amener sur la scène publique en France ? 

Le but n’est pas, par exemple, de se battre avec le Front National, mais simplement de s’exprimer. Le Front National est un adversaire comme les autres. Tous les politiques doivent combattre le Front National, nous pas davantage que les autres. Je peux comprendre l’islamophobie grimpante, la peur qui envahit certains Français. Mais le problème aujourd’hui, c’est qu’on a des personnes qui mettent de l’huile sur le feu. Il faut recentrer le débat, et le “désislamiser”. Nous avons des idées sur tout. Par exemple, l’UDMF voudrait relancer l’implication des communes dans l’accueil et l’hébergement des réfugiés mais aussi des sans-abris, en imposant aux mairies de prendre leurs responsabilités. Nous voulons aussi aider la jeunesse dans son ensemble, par exemple en termes de logements et de formation. Mon objectif a toujours été de favoriser l’ascenseur social, en désengorgeant l’escalier de secours. Dans notre programme, nous avons aussi un passage sur le marché de niche du halal. Ce business, en plus de pouvoir créer énormément d’emplois, est une richesse encore trop inexploitée en France. L’entreprise française de volailles Doux ne vit maintenant que du halal. Il ne faut plus délaisser ce marché porteur. Nous qui revendiquons environ 6.000 adhérents, on doit se faire entendre.

Parlez nous un peu de vous, inconnu de la scène politique française. Qui êtes-vous Nizarr Bourchada ? 

Je suis d’abord un Français élu. A 34 ans, je suis d’une part président du groupe d’opposition au conseil municipal de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) mais aussi élu dans l’intercommunalité de l’Orée de la Brie. Né à Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne), avec quatre enfants je suis désormais père de famille, et je suis Français, de naissance et de coeur. Après des études en maths sup/maths spé, je suis maintenant cadre au sein d’une organisation professionnelle, en plus de ma casquette politique. Je dois énormément à l’école de la République, qui m’a vraiment aidé à arriver où je suis aujourd’hui. Dans les rangs de l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI) pendant trois ans, je suis extrêmement attaché à cette famille politique, qui rassemble de nombreuses idées dont je me sens proche. J’ai rejoins l’UDMF en 2015, trois ans après la création de ce jeune parti. Avec la montée de l’islamophobie en France, j’ai trouvé normal d’affirmer ma foi, additionnée aux valeurs républicaines que je défends.