COP21 : ces sponsors accusés d’être des pollueurs

Malgré les promesses du gouvernement, les sponsors de la COP21 ne travailleraient pas tous en faveur de la transition énergétique. Focus sur ces entreprises accusées de vouloir se donner une image plus verte.

C’est l’une des plus vivaces polémiques autour de la COP21, le rendez-vous environnemental mondial à Paris à la fin de l’année : l’attitude écologique, ou non, de certains “sponsors”.

Ségolène Royal a elle-même abordé le sujet ce mercredi, évoquant à mots voilés le comportement de certaines grandes entreprises publiques ou privées qui financent l’organisation du sommet. “On ne peut pas d’un côté déplorer les effets catastrophiques du dérèglement climatique et continuer à investir dans les énergies fossiles”, a lancé la ministre de l’Ecologie sur RMC.

Cette déclaration intervient alors que des associations écologistes dénoncent depuis plusieurs semaines le projet d’Engie, le géant énergétique français, d’ouvrir une nouvelle centrale à charbon en Turquie.

Engie n’est pas le seul sponsor de la COP21 à poser question au regard de son empreinte écologique. Les associations écologiques pointent régulièrement du doigt Air France, Ikea, le groupe Bolloré, Michelin, ou encore Renault-Nissan, qui a récemment été désigné “champion d’Europe de la pollution” chez les constructeurs automobiles.

Les associations écolos dénoncent du “greenwashing”

Même s’il n’existe pas de classement des pollueurs, trois sponsors sont souvent accusés nommément : les deux énergéticiens Engie et EDF, ainsi que la première banque européenne, BNP-Paribas. Les deux premiers possèdent en tout quarante-six centrales à charbon sur l’ensemble de la planète alors que BNP-Paribas est la 9e banque du monde à investir dans le charbon.

Ce dernier est l’énergie fossile la plus polluante et constitue la première cause du réchauffement climatique. Selon les experts, l’ouverture d’une seule nouvelle centrale dans le monde pourrait suffire à faire passer le réchauffement climatique au-dessus de 2 degrés. Pour que leur engagement dans la COP21 soit jugé crédible, Célia Gautier, membre du Réseau Action Climat, estime que “ces entreprises devraient abandonner tout nouveau plan dans le secteur du charbon et s’engager à ne plus ouvrir de centrales”.

Pour elle, ce sponsoring paradoxal s’explique par deux raisons : la volonté des entreprises de monter une opération de “greenwashing”, c’est-à-dire de se donner une image plus verte, et l’opportunité de proposer de ” fausses ” solutions pour le climat. Selon la militante écologique, EDF entend par exemple promouvoir l’électricité à l’énergie nucléaire pour lutter contre le réchauffement climatique.

Au-delà des entreprises, l’attitude de l’Etat français peut aussi être remis en question. Actionnaire d’Engie et d’EDF, à hauteur respectivement de 84% et 33,3%, “l’Etat est complice de l’opération de greenwashing”, souligne Célia Gautier. L’association Oxfam et les Amis de la Terre ont d’ailleurs dénoncé cette situation dans un rapport en mai dernier.

Engie va renoncer à investir dans le charbon

De leur côté, les énergéticiens mettent en avant leur engagement pour les énergies renouvelables (pour Engie, cela représente 15% de son activité). En mai dernier, le PDG, Gérard Mestrallet, se défendait dans les colonnes du Monde : “Nous accompagnons une dynamique de croissance décarbonée partout, y compris dans les pays émergents. Si on fermait toutes les centrales au charbon aujourd’hui, on mettrait la moitié du monde dans le noir. Ne prenons pas la photographie du passé comme référence.”  En clair : l’entreprise ne peut pas bouleverser en un clin d’oeil des années de politique énergétique. Contactées, les autres entreprises accusées d’être des pollueurs n’ont pas répondu à nos demandes d’interview.

Le vent serait-il en train de tourner ? Peut-être. Comme Ségolène Royal l’a annoncé ce mercredi, Engie va finalement “programmer la fin des investissements dans le charbon” et donc abandonner son projet de centrale à charbon en Turquie. Le PDG du groupe français, Gérard Mestrallet, explique ainsi ce revirement au Figaro : “Les conditions sont réunies pour que nous prenions cette décision, à la fois économique et écologique, de ne plus construire aucune nouvelle centrale à charbon”. Pour l’instant, le charbon représente encore 20% de la production électrique d’Engie. Mais cela va peut-être bel et bien changer.