Union de la gauche : pourquoi le référendum du PS risque d’être un fiasco

Le Parti socialiste organise ce week-end un référendum sur l'union de la gauche avant les Régionales. Une initiative risquée et qui pourrait tourner au fiasco politique. 

Le vote de ce week-end pour rassembler la gauche pourrait être un échec cuisant. Annoncé par le premier secrétaire du parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis à la fin du mois de septembre, le PS organise un référendum du vendredi 16 au dimanche 18 octobre 2015.

Les électeurs devront répondre à la question suivante: êtes-vous favorables à l’union à gauche dès le premier tour? Le but de la manoeuvre est de rassembler les électeurs et les formations politiques de gauche pour créer un rempart contre la vague Front National qui pourrait s’abattre lors des élections régionales de décembre prochain. Pourtant, avant même la tenue du scrutin, plusieurs éléments dessinent le possible camouflet que pourrait essuyer le Parti socialiste.

  • Parce que les électeurs ne se déplaceront pas

C’est la principale inconnue. Les mauvais résultats aux différentes échéances politiques depuis le début du quinquennat de François Hollande montrent que les électeurs de gauche ne se mobilisent plus pour aller voter. “Comment faire pour mobiliser les gens des quartiers populaires, pour faire sortir les abstentionnistes de l’abstention?”, se demande Henri Rey, directeur de recherche au centre de recherche politique de Sciences Po (Cevipof), interrogé par Les ateliers du CFJ.

Les électeurs des quartiers populaires, qui avaient voté massivement aux élections présidentielles pour Ségolène Royal en 2007 et pour François Hollande en 2012 semblent ne plus se retrouver dans le parti socialiste ni dans ses représentants.

Chute dans les sondages, baisse du nombre de militants et mauvais accueil lors de la traditionnelle fête de l’Humanité — un des rassemblements traditionnel de la gauche — ont usé les électeurs qui se replient dans l’abstention. Et s’ils ont du mal à se déplacer pour des échéances nationales, leur participation pour le référendum risque d’être anecdotique.

  • Parce que les dissensions au sein de la gauche sont trop importantes

Les coups portés à la gauche du PS ne sont toujours pas oubliés. “Il n’y a pas d’unité. Il règne un climat de tension et une absence de soutien en interne”, commente encore Henri Rey.

Du côté des écologistes, la secrétaire nationale d’Europe écologie les Verts (EELV) et candidate en Ile de France pour les élections régionales Emmanuelle Cosse a affiché son opposition au référendum. Elle a envoyé un lettre au premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis dans laquelle elle évoque un chantage au rassemblement qui “crée au contraire de la division et augmente les chances de victoire de la droite et de l’extrême droite au deuxième tour”. Elle ajoute que la stratégie d’EELV a toujours été l’autonomie au premier tour mais accepte de fusionner au second tour.

Un refus de fusionner au premier tour qui semble être le mot d’ordre pour d’autres formations politiques… notamment le PS! Hormis dans les régions Provence-Alpes-Côte d’azur (PACA) et Alsace-Champagne Ardennes-Lorraine, aucun candidat du parti n’a pu réaliser d’alliance contre une éventuelle percée de la droite. Le constat est identique dans des régions où il est question d’une perte de territoire au profit du Front National, comme c’est le cas pour le Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

  • Parce que le suffrage n’a pas de réel intérêt

Avec une gauche divisée par des querelles internes et des électeurs essoufflés par l’absence de résultats politiques, le pessimisme s’est immiscé dans les esprits. A tel point que même les cadres du PS ne semblent pas convaincus par la démarche. Jean-Christophe Cambadélis lui-même a revu son ambition à la baisse, tablant sur 200.000 votants lundi 12 octobre au micro de France Inter alors qu’il comptait initialement sur 300.000 électeurs. Dans l’hypothèse où les électeurs se déplacent en nombre dans les points de votes pour indiquer leur volonté de voir une alliance à gauche, rien ne dit qu’elle sera suivie. “La guerre des égos, c’est le combustible de la politique”, rappelle Henri Rey.

Il faut également prendre en compte le fait que le référendum n’est pas adapté à toutes les régions. “Un référendum en Picardie ou dans le Pas-de-Calais a un sens vu les résultats de Marine le Pen, mais ça ne sert strictement à rien en Ile-de-France”, précise le directeur de recherche du Cevipof. 

Pour certains, comme le porte-parole d’EELV Julien Bayou, la véritable question n’est d’ailleurs pas de savoir si la gauche doit s’unir au premier tour, mais plutôt de savoir si le gouvernement doit enfin mener une politique de gauche.