Ecologie : plus de pédagogie et moins d’alarmisme

Le débat scientifique est incompréhensible, et les médias le rendent plus alarmiste qu'il ne l'est. C'est la conclusion que tirent Eric et Catherine Guilyardi, respectivement scientifique et journaliste.

“Qu’on sorte de nos labos et qu’on aille vers le grand public !” L’appel a été lancé mardi par Eric Guilyardi, océanographe et climatologue, invité de France Inter dans l’émission scientifique “la Tête au carré”. Il est l’auteur, avec sa sœur la journaliste Catherine Guilyardi, l’auteur de Que feriez-vous si vous saviez ? Des climatologues face à la désinformation, publié aux Éditions Le Pommier. Leur livre milite pour un discours scientifique clair et accessible. D’après eux, le poids croissant des climato-sceptiques aujourd’hui vient de la complexité des différents rapports sur le climat, mais aussi et surtout d’un relais souvent alarmiste dans les médias.

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M. Guilyardi est spécialiste du phénomène climatique El Niño, et co-auteur du dernier rapport du Giec (Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat). Il a rappelé que ces rapports, sur lesquels les gouvernements s’appuient en grande partie pour orienter leur politique climatique, ne sont destinés qu’à être compris par des professionnels. Même si des synthèses simplifiées de ces études sont transmises aux décideurs, leur compréhension globale reste très incertaine. LeMonde.fr relatait même, mardi matin, la décision de Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe 1 du Giec, d’ajouter à chaque rapport une “synthèse de synthèse” qui résumerait l’ensemble des travaux en une vingtaine de points rédigés en langage courant…

“Les scientifiques ont dû apprendre la communication”

Les scientifiques commencent à comprendre qu’ils ne peuvent plus rester en vase clos, et qu’il est impératif, aujourd’hui, de vulgariser leurs discours pour les rendre accessibles au grand public. Néanmoins, M. Guilyardi pointe aussi la responsabilité des médias, qui contribuent à alimenter un discours alarmiste sur l’état du climat.

“Après la COP de Copenhague en 2009, aucune avancée concrète n’a été décidée. Nous, les médias, avons effectivement tenu des discours alarmistes, en jouant sur le côté ‘on ne peut rien faire, c’est trop tard’ ”, confessait Catherine Guilyardi, également au micro de France Inter. “Les scientifiques ont dû apprendre la communication !”, ajoute son frère. “Le problème aujourd’hui, c’est que le débat scientifique dans les médias est faussé. Si vous faites débattre un scientifique face à un économiste, ou un polémiste, les règles sont faussées !”, s’agace-t-il.

Pourquoi diminuer ses émissions de gaz à effet de serre quand on ne sait pas ce qu’est l’effet de serre ?

Les solutions pour rendre accessibles les débats scientifiques sont pourtant à portée de main. D’après M. Guilyardi, il faudrait que  des scientifiques spécialistes discutent ensemble de la même matière, avec un discours vulgarisé. “Si vous faites débattre un spécialiste de la géothermie avec un climatologue, ça ne fonctionnera pas. L’un et l’autre seront de grands spécialistes dans leur branche, mais ils ne se comprendront pas eux-mêmes ! Alors comment voulez-vous, par exemple, que les gens réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre s’ils ne savent pas ce qu’est l’effet de serre ?”, interroge le climatologue.

“Les scientifiques ont révélé au monde quelque chose qui le traumatise, complète Catherine Guilyardi. Je pense que les journalistes, dans ce domaine, doivent abandonner leur objectivité, et s’engager concrètement pour affirmer que des solutions sont possibles. Le Guardian le fait déjà : pourquoi n’y arriverions-nous pas ?”