Christophe Borgel : “L’union de la gauche n’est pas un vain combat”

Christophe Borgel est le secrétaire national du Parti socialiste chargé des élections. Alors que le PS lance son référendum sur l'unité de la gauche, le député de Haute-Garonne expose ses attentes et réagit aux critiques. Interview.

Quels sont les objectifs que vous poursuivez en organisant ce référendum ?

Poursuivre la bataille de l’unité à gauche et montrer que ce n’est pas un vain combat. L’ensemble de la gauche doit être en position de l’emporter au second tour, et cela passe par l’union au premier tour. Si l’on comptabilise l’ensemble de la gauche à l’échelle nationale, les sondages nous créditent de 35 à 45% d’intentions de vote. Nous sommes alors devant la droite et loin devant le Front national. Mais la gauche est divisée, et cette division risque de ne pas nous emmener au second tour.

Notre objectif, aussi, est de faire en sorte que les électeurs de gauche se mobilisent. C’est une bataille que nous menons pour que les électeurs qui souhaitent le rassemblement puissent s’exprimer : on innove en leur donnant la parole.

Si on arrive à 200.000 votants, on sera satisfaits

Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, avait annoncé attendre 300.000 votants, avant de revoir ce chiffre à la baisse et d’en annoncer 200.000. Quelles sont vos attentes sur la participation de ce week-end ?

Disons qu’à partir de 300.000 votants, ce sera un grand succès. Mais lors du congrès du PS, on comptabilise généralement 60.000 votants, et la consultation organisée par Les Républicains a réuni 53.000 votants. Alors si on arrive à 200.000, on sera satisfaits.

L’un de vos objectifs n’était-il pas de rallier les forces de gauche qui ont choisi de présenter une liste contre le PS au premier tour ?

Le Front de gauche ou Europe-Ecologie-Les Verts ne privilégient pas l’union dans des régions où le Front national est en très forte hausse, et en passe d’arriver en tête au premier tour. Je pense qu’ils font une erreur.

Nous n’avons jamais pensé que cette initiative pousserait à l’unité nos amis des autres partis qui préfèrent la division. On sait qu’ils continueront à être divisés. Mais si le oui est majoritaire, on espère que ça pèsera contre la division.

Parmi ces forces politiques à gauche qui refusent l’idée d’un rassemblement au premier tour, Emmanuelle Cosse d’EELV voit dans le référendum un “chantage au rassemblement”. Ne pensez-vous pas que ce vote peut être contre-productif ?

On ne force personne. On organise un vote, il n’a jamais été question de baïonnette ! Est-ce qu’on voudrait que les socialistes restent les bras ballants, à regarder le FN arriver en tête dans deux grandes régions où se situent Calais (Nord-Pas-de-Calais-Picardie) et la Méditerranée (Provence-Alpes-Côte d’Azur), et qui voient se dérouler les drames des migrants ? Ce n’est pas mon cas, je ne suis pas enfermé dans la vie des appareils et j’ai préféré engager la bataille de l’unité. D’autant plus que nos arguments se tiennent sur le terrain : dans les conseils régionaux, les différentes forces de gauche votent ensemble. Il n’est pas question ici de commenter la politique du gouvernement.

Quant à Europe-Ecologie-Les Verts et au Front de gauche, je préfère retenir le positif : Cécile Duflot et Pierre Laurent sont favorables au rassemblement. Et ces débats ont en partie résolu le problème du second tour, où la majorité de la gauche devrait être rassemblée.

Que vous inspire le contre-référendum lancé par le porte-parole d’EELV, Julien Bayou, et d’autres militants de gauche ?

On s’y attendait, mais on ne pensait pas qu’il serait mis en place si tard. Ceux qui l’ont lancé avaient commencé par se moquer du référendum. Finalement, ils viennent à en organiser un à leur tour. Ca montre que l’idée fonctionne !