Calais : difficile coordination entre la France et le Royaume‐Uni

Deux mois après l’accord de coopération entre la France et l’Angleterre, la situation des migrants à Calais ne s’est pas améliorée. Les actions communes des deux pays sont au point mort.

La France et le Royaume‐Uni ont exprimé leur inquiétude sur la situation migratoire à Calais. Mais au‐delà de ce point commun, les deux pays ont encore du mal à travailler ensemble au niveau de leur frontière commune pour gérer au mieux la crise actuelle. Le nombre de migrants au départ du Nord de la France pour rejoindre le Royaume‐Uni ne cesse d’augmenter. Les conditions de vie précaires dans lesquelles vivent ces personnes ont même poussé deux associations françaises à attaquer l’Etat français en justice, lundi 26 octobre, pour prendre des mesures d’urgence dans la «jungle de Calais».

L’accord de coopération signé le 20 août dernier à Calais insiste sur les principaux problèmes auxquels font face les deux voisins.  A l’occasion d’une rencontre entre le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve et son homologue britannique Teresa May, trois objectifs ont été fixés : la lutte renforcée contre les passeurs, une sécurité accrue au niveau du tunnel sous la Manche et une meilleure organisation de l’aide humanitaire.

Mais le travail d’équipe a encore du mal à se mettre en place. La France reste de son côté débordée par l’afflux de migrants. Bernard Cazeneuve était de nouveau en déplacement à Calais le 21 octobre pour montrer l’implication de l’Etat au sujet de la « jungle de Calais ». Renforcement de la présence policière, plus d’hébergement pour les femmes et les enfants et meilleure gestion des demandes d’asiles sont au programme. Le Royaume‐Uni, en revanche, apparaît toujours en recul.

Interviewé par France 24, Nick Harvey, porte‐parole de l’ONG britannique Doctors of the World estime que les efforts de la Grande‐Bretagne ne sont pas suffisants : «Le gouvernement britannique a promis d’accueillir 20 000 réfugiés sur les 5 prochaines années. Ce qui ne fait que 4 000 personnes par an, ce n’est pas assez.» Geneviève Jacques, présidente de la Cimade (Comité inter mouvements auprès des évacués), pointe du doigt la politique migratoire du gouvernement conservateur britannique. Les interventions gérées Outre‐Manche se focalisent surtout sur les dispositifs de sécurité, comme la construction d’un mur et la mise en place de barbelés pour stopper les migrants.

La France lésée ?

Du côté des associations, la coordination est plus importante. Les ONG britanniques tentent d’apporter leur soutien à leurs confrères français dans la prise en charge des migrants. Nick Harvey insiste cependant sur le fait que ce ne sont pas aux associatifs mais aux gouvernements de s’assurer des besoins vitaux des migrants.

La France et le Royaume‐Uni avaient pourtant tenté de mieux  répondre à la question des migrants en 2003. Les accords du Touquet — un des douze  signés entre les deux pays sur l’immigration depuis 1989 — ont cherché à faciliter les procédures de contrôles effectués à la frontière par les deux pays. Installés à Calais et à Douvres (Royaume‐Uni), les agents français ont la possibilité d’effectuer des contrôles en Angleterre et les agents anglais de faire de même en France. Mais le centre de Douvres est moins débordé que celui de Calais, les candidats à l’immigration du Royaume‐Uni vers la France étant beaucoup moins nombreux.

Pour Geneviève Jacques, l’accord du Touquet n’a servi qu’à «stopper l’immigration clandestine vers le Royaume‐Uni», dit‐elle à France 24. D’après la présidente de la Cimade, les Britanniques se reposent sur les Français pour gérer la crise. Elle ne dédouane pas pour autant la France, qu’elle juge responsable des mauvaises conditions de vies de migrants.

L’ampleur de la situation migratoire aujourd’hui semble appeler une réponse non pas binationale mais européenne. Face à l’afflux des migrants, la délimitation de l’espace Schengen permettant la libre‐circulation en Europe est remise en cause, entre ceux qui ont signé l’accord et ceux qui ne l’ont pas fait, à l’instar du Royaume‐Uni.